Lundi 9 avril 2007
Un programme de défense des travailleurs par Arlette Laguiller
Beaucoup de journalistes n'ont pas manqué d'ironiser ou au moins d'insister sur le fait que, à leur avis bien sûr, depuis que je me présente à ces élections, je dis toujours la même chose et que ceux qui m'écoutent entendent aujourd'hui le même discours qu'ils auraient entendu en 2002 ou en 1995, pour ne pas remonter plus loin.

S'ils n'ont pas tout à fait tort, c'est évidemment qu'en dénonçant la situation qui est faite aux plus pauvres, et pas seulement, je ne peux que répéter les mêmes choses, puisque rien n'a changé en trente ans, sauf en pire. Chaque gouvernement, qu'il soit de gauche ou de droite, n'a fait que faire descendre une marche ou tout un étage au niveau de vie et aux conditions de travail des salariés.

Par contre, ce que les journalistes ne disent pas volontiers ou trop peu, c'est que j'ai toujours posé des objectifs pour les travailleurs, des revendications vitales pour au moins enrayer la descente vers la pauvreté de tous ceux qui vivent et travaillent sans exploiter le travail des autres. J'ai même exposé, en 1995, ce que j'ai appelé un « programme d'urgence » pour les travailleurs, qui contenait des revendications qui sont encore plus urgentes aujourd'hui.

Je disais alors qu'on ne pouvait compter ni sur la droite, ouvertement au service du grand patronat, ni sur la gauche, hypocritement servile envers lui. La première est aux ordres de la grande bourgeoisie, la seconde ne veut pas l'affronter. Pour appliquer le « plan d'urgence » de 1995, il aurait fallu un puissant mouvement social susceptible de faire peur au patronat et de le faire reculer.

Un tel mouvement n'a pas eu lieu. Mais un jour ou l'autre, la colère populaire éclatera et accouchera d'un tel mouvement revendicatif.

C'est afin qu'il ne se trompe pas d'objectif, quand il se produira, et ne prenne pas l'accessoire pour l'essentiel, que j'expose ce programme qui n'a rien de révolutionnaire en ce sens qu'il ne prévoit ni l'expropriation du capital, ni la transformation de la propriété privée de l'ensemble des grandes entreprises en propriété collective, en propriété d'Etat.

Cependant, au lieu de privilégier les intérêts de la classe capitaliste, ce programme rétablit, un peu, l'équilibre entre celle-ci et les travailleurs, la classe des producteurs de valeur, en prenant une partie des privilèges économiques des propriétaires de capitaux pour améliorer le sort des classes populaires.

Je n'ai pas la prétention d'être élue et c'est pourquoi ce qui suit n'est pas mon programme de gouvernement, mais ce qui devrait être, au-delà des mots creux ou démagogiques chers à Ségolène Royal comme « la justice vraie » ou « l'ordre juste », le programme d'une présidence représentant réellement la population et capable de s'attaquer immédiatement et efficacement à la crise du logement, au chômage massif et à la dégradation passée, présente et à venir du niveau de vie de la plus grande partie de la population.

Le financement de ces mesures reposerait, comme je le montre, sur une augmentation des impôts, mais une augmentation sélective qui ne toucherait que les revenus très élevés et les bénéfices des sociétés, en particulier de celles du CAC 40 et d'ailleurs de façon modérée par rapport à l'ampleur de leurs profits. Il ne s'agit même pas d'un partage des richesses, il s'agit seulement que tout le monde participe à l'effort nécessaire pour compenser les inégalités les plus criantes.

Je ne discute pas de ce que devraient faire Nicolas Sarkozy, François Bayrou ou Le Pen car ils ne prétendent même pas améliorer le niveau de vie des classes populaires.

Ce que j'expose donc ici, c'est ce que devraient être les premières mesures d'une présidence et d'un gouvernement vraiment socialistes.

Arlette LAGUILLER

I - LOGEMENT

Parmi ceux qui nous dirigent - ou veulent nous diriger - personne ne prend des engagements susceptibles de résorber la crise du logement, et encore moins de la résorber rapidement. Pourtant il y a urgence !

Cette catastrophe est bien plus grave qu'on le dit officiellement. Selon la Fondation Abbé-Pierre, il y aurait près de 1 300 000 familles inscrites sur les listes d'attente des HLM. Face à cela, Ségolène Royal, qui se veut la plus sociale, propose de construire 120 000 logements par an. À ce compte, il faudrait dix ans pour résorber les listes d'attentes. Mais, d'une part, c'est immédiatement que ceux qui attendent, parfois depuis plusieurs années, ont besoin d'un logement convenable à loyer accessible et, d'autre part, en dix ans, bien d'autres demandes s'ajouteront.

Et ce n'est pas tout ! Toujours selon la Fondation Abbé-Pierre, il y aurait plus de trois millions de personnes mal ou très mal logées dans des hôtels vétustes, des taudis, des HLM délabrées, voire des caravanes. En fait, les besoins réels dépasseraient les deux millions et demi de logements.

C'est pourquoi le logement doit être une priorité nationale, passant avant tout le reste. Car il n'est pas acceptable qu'il y ait, dans la cinquième puissance économique mondiale, des millions de gens vivant dans des taudis infects et insalubres ou dans la rue.

La première mesure à prendre serait de créer un Office national du Logement qui prendrait en main la construction d'un million de logements HLM par an pendant trois ans. En effet, il faut non seulement satisfaire les besoins immédiats, mais les dépasser en fonction de l'avenir pour faire aussi, par contrecoup, baisser les loyers du privé.

Sur le plan technique, toutes les réalisations modernes récentes montrent que construire un million de logements par an, c'est possible ! Y compris en construisant des logements confortables, corrects, isolés thermiquement et à loyer très modéré.

Sur le plan financier, c'est parfaitement possible aussi. Nous verrons ce point plus loin, au chapitre IV.

Sur le plan administratif, les communes n'auront pas à financer ces projets, sauf celles qui n'ont pas réalisé le quota de logements sociaux prévu par la loi. Quant à celles qui l'ont dépassé, l'État leur fournira éventuellement une aide pour rénover leur parc de logements sociaux locatifs.

En ce qui concerne le foncier, l'État ne doit pas accepter pour ses projets la hausse spéculative de ces dernières années. Pour cela, il faut réquisitionner, à prix zéro, tout le bâti des hôtels et des immeubles taudis en location. Les propriétaires ont suffisamment gagné d'argent en louant depuis des années leurs taudis à des prix prohibitifs ! Et pour le sol, l'État le paiera au prix du marché d'il y a cinq ans ou plus, avant la flambée spéculative. Ce sont des terrains souvent en ville sur lesquels on pourra bâtir du neuf.

Pour tous les projets immobiliers privés, qu'ils soient de bureaux ou d'habitat, au lieu d'imposer de construire un pourcentage de logements locatifs, comme c'est plus ou moins le cas actuellement, et qui sont à loyers élevés, l'État préemptera le pourcentage de terrain correspondant - ou plus selon les cas - au prix du terrain d'il y a cinq, voire dix ans. Cela permettra de construire aussi des HLM dans des quartiers de centre ville ou, au moins, bien desservis et possédant des commerces. Ces nouvelles constructions HLM seront ainsi relativement dispersées.

Il faudra donc, sous la direction de l'État et essentiellement par son apport financier, définir un plan national, en accord avec les municipalités et les associations de locataires. Les constructions de logements passeront cependant avant les projets municipaux somptuaires éventuels de certaines communes riches et devront favoriser la mixité sociale. En effet ce n'est pas la carte scolaire qu'il faut réviser, mais l'urbanisme.

II - CHÔMAGE, EMPLOI ET NIVEAU DE VIE

1 - Chômage et emploi

Le chômage est une cause essentielle de la réduction du niveau de vie, de l'aggravation des conditions de travail - qui va parfois jusqu'au suicide au sein des entreprises - et de l'insécurité permanente du travailleur devant l'emploi. C'est un problème dont tous les gouvernements ont parlé, mais sans le résoudre, au contraire, puisqu'il n'a cessé de s'aggraver depuis trente ans.

Aujourd'hui, comme hier, le gouvernement, comme ses prédécesseurs, manipule les statistiques pour faire croire à la baisse du chômage. Mais il n'est qu'à voir le nombre de « plans sociaux », de licenciements collectifs, de fermetures de lieux de production, pour juger qu'il n'en est rien. Ces licenciements sont véritablement, dans la plupart des cas, des « licenciements boursiers » destinés à augmenter les profits et, de ce fait, à maintenir ou faire monter le cours en Bourse des actions. Il y a certes des délocalisations, mais qui sont loin d'être la cause du chômage actuel car elles sont marginales dans les licenciements. Les dix mille licenciements chez Airbus, ceux prévus chez Renault ou Peugeot-Citroën ou encore chez Alcatel-Lucent et bien d'autres, ne sont pas dus à des délocalisations !

Ce sont ces licenciements collectifs qu'un gouvernement au service de la population interdirait immédiatement sous peine de sanctions financières importantes. C'est le contrôle étroit, quotidien, par les travailleurs et la population concernée qui permettra de vérifier que ces licenciements ne sont pour ainsi dire jamais justifiés. Le contrôle des comptabilités permettra de voir si l'on ne peut pas maintenir les emplois, avec répartition du travail entre tous les salariés de l'entreprise, en prenant sur les bénéfices accumulés dans les années précédentes par l'entreprise et ses actionnaires.

Pour retrouver au maximum la sécurité de l'emploi, toutes les formes de contrats comme les CDD, les CNE et l'intérim, seront supprimés et remplacés automatiquement par des CDI.

Il faut revenir immédiatement aux 35 heures sans dérogation, interdire les heures supplémentaires et remplacer celles qui seraient nécessaires par des embauches, sauf cas très particuliers.

Les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires, qui tirent les salaires vers le bas, seront supprimées, et l'État n'aura plus à les payer à la place des employeurs.

Il faut tourner le dos à l'idée que, pour ne pas mettre en danger le navire, ce sont les passagers de troisième classe qui doivent être jetés par-dessus bord, alors que les profits pèsent bien plus lourd. La souplesse pour affronter la concurrence, ce sont le patronat et les profits - passés et présents - qui doivent la supporter et pas les travailleurs. D'ailleurs, le contrôle permanent sur les comptabilités montrera que cela aussi est possible sans couler le navire.

2 - Niveau de vie

Le smic doit être immédiatement porté à 1500 euros net mensuels, et le travail à temps partiel imposé interdit. Aucun travailleur, aucun retraité, aucun handicapé, etc., ne doit percevoir un revenu inférieur au smic, qui est un minimum pour vivre.

Par ailleurs, tous les salaires, du public ou du privé jusqu'à un plafond de 4000 euros, seront augmentés de 300 euros par mois.

En vingt ans, l'État a supprimé des centaines de milliers de postes, voire beaucoup plus, dans les services publics ou l'administration, emplois qui contribuaient à la vie quotidienne des classes populaires. Des bureaux de postes, des dispensaires, des hôpitaux et des maternités de proximité ont disparu ou disparaissent continuellement. Dans l'administration en contact avec le public, c'est pareil, et il faut de plus en plus de temps pour obtenir une carte d'identité, un passeport, une carte grise et bien d'autres documents, sans oublier les des suppressions dramatiques de postes dans l'enseignement.

C'est pourquoi l'État doit, et peut, créer immédiatement 750 000 postes dans les services publics et la Fonction publique.

Ces postes seraient à répartir dans l'Éducation nationale, en priorité, dans les hôpitaux et dispensaires publics et plus généralement partout où c'est indispensable à la population. Pour ne donner que quelques exemples dispersés : poste, recherche publique, inspection du travail, médecine du travail.

Ces 750 000 postes s'ajouteraient aux milliers d'emplois induits par la construction d'un million de logements par an (et budgétés au chapitre IV, au titre du logement).

III - ÉCONOMIE ET SOCIÉTÉ

Pour permettre de réaliser les mesures précédentes et leur financement, il faut tout d'abord réformer, voire supprimer, les lois sur le secret commercial, bancaire et industriel.

En effet, il n'y a de véritable secret que pour la population, mais il n'y a absolument pas de secret d'une grande société à une autre car il lui suffit de débaucher un Pdg, voire un cadre technique supérieur, pour tout connaître sur un concurrent. Et pourtant, c'est la population, ce sont les travailleurs qui devraient tout savoir sur, par exemple, la composition détaillée des produits qu'on leur fait acheter ou utiliser au travail. Mais ce n'est pas le pire.

Le pire est que personne ne sait quoi que ce soit sur les fournisseurs d'une entreprise. Qu'achète-t-on à un sous-traitant ? À quel prix ? Pourquoi «  externaliser » telle production ou tel service ? Dans le cadre du grand commerce, quel prix est payé aux producteurs de viande, de légumes, de fruits, surtout aux petits producteurs ? Autrement dit, quelle est la marge du grand commerce sur les produits de consommation courante non industriels ?

C'est pourquoi une des premières mesures à prendre, c'est de permettre le contrôle des travailleurs de chaque entreprise sur sa comptabilité détaillée, au jour le jour. Qu'achète-t-elle, à qui et à quel prix ? Quelle est la valeur ajoutée entre les prix de revient et les prix de vente ? Quel est le rapport entre la masse salariale et les profits bruts avant les réserves pour différentes destinations ? Quels sont les placements financiers éventuels ? Quels sont les simples rachats d'autres entreprises et quels sont les investissements productifs qui créent des emplois au lieu d'en supprimer ?

On peut ajouter, et c'est important, quelles sont les participations, croisées ou pas, dans d'autres entreprises et lesquelles sont des sous-traitants ou des fournisseurs ? Qu'est-ce qui préside à leur choix et, pour les sous-traitants, à leur création ou à leur disparition ? Il faut contrôler les délocalisations, leurs buts, leur réalité, afin de les réglementer. Il faut aussi avoir accès aux projets à court et à long terme sur l'avenir de l'entreprise, toutes choses parmi bien d'autres pour lesquelles les travailleurs sont tenus dans l'ignorance.

Sur le plan technique, tout cela ne pose aucun problème : il n'y a que la loi à changer. Il faut que les salariés ne soient plus assujettis au secret professionnel afin qu'ils puissent dire ce qu'ils savent. Vu l'importance sociale de certaines entreprises qui jouent un rôle majeur dans l'économie locale, il faut que les consommateurs, la population aient accès à toutes ces informations qui doivent pouvoir être rendues publiques.

Il ne s'agit ni d'exproprier ni de nationaliser les entreprises, mais simplement de les contrôler et de les rendre transparentes. Elles le sont, théoriquement, pour le fisc, ce qui est cependant loin d'être toujours le cas ; elles doivent absolument l'être pour la population.

IV - FINANCEMENT

A. Dépenses (en milliards d'euros)

* Postes dans les services publics

Pour la création immédiate de 750 000 postes dans les services publics et la construction d'un million de logements neufs par an

Sur la base d'un salaire moyen à 2500 euros brut + 40% de charges et de cotisations sociales (soit au total 3 500 euros mensuels), le coût annuel est de 42 000 euros par poste.

Total pour 750 000 postes : 31,50 milliards d'euros

* Logement

Coût d'un logement HLM neuf, moderne et confortable : 100 000 euros.

Total pour la construction d'un million de logements par an 100 milliards d'euros

Le foncier sera mis à disposition gratuitement, car c'est une urgence nationale, pour toutes les surfaces appartenant à l'État, aux services publics (SNCF par exemple), aux collectivités locales et aux terrains non bâtis depuis trois ans.

Total des dépenses annuelles: 131,50 milliards d'euros

B. Recettes nouvelles pour ce financement

Modifications de l'impôt sur les sociétés

* Impôts sur les bénéfices

Les ressources nécessaires peuvent venir de modifications de l'impôt sur les bénéfices des sociétés. Mais la possibilité de le faire dépend du contrôle permanent des comptabilités des entreprises.

Il faut augmenter l'impôt sur les bénéfices des sociétés. À l'heure actuelle, il est de 33 % des bénéfices alors qu'il y a trente ans, sous Giscard d'Estaing, il était de 50 %. À l'époque, aucune société n'en est morte, tout au plus y en a-t-il qui ont été rachetées et existent sous un autre nom.

Il n'y a aucune raison sociale d'avoir diminué cet impôt, diminution qui n'a fait que contribuer à l'explosion des bénéfices et à diminuer les ressources de l'État au détriment de tous les services publics indispensables à la population. Donc, le premier geste d'une présidence vraiment au service de la population serait de rétablir cet impôt sur les bénéfices de toutes les sociétés (industrielles, commerciales, financières, quelle que soit leur taille) à ce qu'il était auparavant, c'est-à-dire à 50 % de leurs profits.

Par ailleurs, pour aider au financement de la construction de HLM, les bénéfices des plus riches de ces sociétés, les 40 premières, celles du CAC 40, qui ont fait à elles seules 100 milliards d'euros de bénéfices en 2006, devront être taxés d'un impôt supplémentaire de 5 %, cependant limité à trois ans, le temps nécessaire pour sortir de la crise du logement. Vu cette situation dramatique, il n'y a pas de raison que ces grandes sociétés ne contribuent pas à l'effort voulu. D'autre part, l'impôt sur le revenu des personnes physiques doit être modifié, car il est injuste que les revenus les plus élevés soient proportionnellement les moins imposés à cause de la limitation des tranches supérieures de l'impôt, limitation à laquelle ont contribué tous les gouvernements.

Il est nécessaire de permettre au budget de l'État de jouer son rôle de compensation des inégalités en rétablissant ces tranches et leur progressivité, sans limitation de plafond. Il s'agit donc d'une augmentation sélective de l'impôt sur les revenus qui ne concerne pas les revenus les plus faibles.

De plus, les personnes physiques, et en particulier les plus riches, bénéficient de toutes sortes de dégrèvements d'impôts pour, par exemple, l'investissement dans l'immobilier locatif ou pour l'emploi de personnel domestique, la navigation de plaisance, etc. Tous ces dégrèvements devront être supprimés pour alimenter normalement les caisses de l'État.

Rétablissement de l'impôt sur les bénéfices à 50 % au lieu de 33 % actuellement pour les entreprises du CAC 40 : 17 % sur 100 milliards = 17 milliards d'euros

* Suppression de toutes les subventions et dégrèvements injustifiés

Suppression de toutes les subventions directes aux entreprises, sur la base de 2005 (sans compter l'évolution depuis) = 65 milliards d'euros

Taxe logement exceptionnelle (limitée à trois ans) pour les entreprises du CAC 40 : 5 % sur 100 milliards = 5 milliards d'euros

Suppression des subventions indirectes = 35 milliards d'euros

Rétablissement de l'impôt sur les bénéfices à 50 % au lieu de 33 % pour les autres entreprises : 17 % sur 60 milliards, environ 10 milliards d'euros

Impôts sur les personnes physiques

Augmentation des tranches supérieures de l'impôt sur le revenu, sans plafonnement = 15 milliards d'euros

Suppression de tous les dégrèvements d'impôt aux particuliers sous différents prétextes qui ne concernent que la fraction de la population aux revenus élevés = 10 milliards d'euros

Total des recettes nouvelles = 157 milliards d'euros

Comme on le voit, le coût de la construction d'un million de logements par an et de la création de 750 000 postes dans la Fonction publique peut paraître énorme, mais pas quand on le compare aux profits et aux avantages pris sur les finances publiques par les détenteurs de capitaux.

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Vendredi 23 mars 2007
Débatmilitant            
  Lettre publiée par des militants de la LCR
n°145
 
22 mars 2007
 
  Sommaire :  
      Vers un parti des luttes  
 


Vers un parti des luttes

Olivier Besancenot officiellement candidat, une nouvelle étape de la campagne s'ouvre pour nous. Jusque là la LCR a dû s'imposer, conquérir le droit à exister. Cet obstacle franchi, et alors que la question sociale, de la pauvreté, du logement, des licenciements, des salaires, est devenue la question centrale, que les luttes s'immiscent dans la campagne, il s'agit de relayer le plus largement possible les exigences du monde du travail, de la population, de propager les idées de la contestation sociale et d'appeler chacun à s'en emparer.
Et même si nous regrettons la division des anticapitalistes, nous nous réjouissons qu'Arlette Laguiller puisse être également présente dans cette campagne. L'extrême gauche a ainsi dans ces élections deux porte-parole qui ont chacun une réelle audience, qui sont considérés par une fraction du monde du travail comme les porte-voix de ses préoccupations et de ses luttes. Cela témoigne de la vitalité de son combat et de ses idées… mais aussi de ses difficulté à se dégager du passé pour tenter de se hisser à la hauteur du défi qui nous est lancé : travailler à la convergence des anticapitalistes pour aider avec les militants du mouvement social, les jeunes à donner vie au nouveau parti dont le monde du travail ressent aujourd'hui, à l'heure de l'effondrement du PC, le besoin.

Notre campagne : un instrument pour le combat collectif
Face à la logique destructrice du capitalisme, aux délocalisations, aux plans de licenciements, à la généralisation de la précarité et des bas salaires, à l'aggravation de l'exploitation, les luttes des salariés d'Airbus, d'Alcatel Lucent, de Citroën Aulnay -en grève depuis 3 semaines- ou de l'Education ont mis les exigences des salariés au cœur du débat électoral. La question est ouvertement posée de la légitimité d'une société qui soumet l'ensemble de la population au profit d'une infime minorité et menace la vie de chacun.
La presse a eu beau insister sur le succès relativement petit de la mobilisation des enseignants, leur grève n'en a pas moins obligé l'ensemble des candidats à prendre position. Non seulement Royal mais aussi Bayrou et Darcos, ancien ministre de l'Education et soutien de Sarkozy, se sont prononcés pour le retrait ou la suspension du décret De Robien qui instaure la "bivalence" et allonge le temps de travail des enseignants (ou réduit leur salaire…), mesures qui à elles seules visent à supprimer 5000 postes.
Le monde du travail compte sur ses mobilisations pour peser dans le rapport de forces, pour enrayer l'offensive et imposer que nos vies passent avant leurs profits. Un sondage de l'IFOP, la semaine dernière, ne peut que refléter l'évidence : plus de la moitié des électeurs pense que le résultat des élections ne permettra pas " d'améliorer les chose s"… Il est clair pour tous qu'interdire les licenciements, prendre sur les profits pour les salaires, les services publics, stopper la fuite en avant capitaliste ne se fera pas sur le terrain institutionnel, des élections, même si celles-ci sont un outil pour peser, si le vote participe de la construction du rapport de forces.
Notre campagne veut conforter cette légitimité, encourager, donner des arguments, appeler chacun à s'emparer de nos idées, à faire entendre sa voix, à faire de la campagne d'Olivier Besancenot sa propre campagne.

Des clarifications politiques en cours
Hollande, qui ne se " satisfait pas qu'il y ait douze candidats " après avoir tenté d'entraver le débat démocratique en faisant pression sur les maires, est brutalement devenu soucieux de " la gauche antilibérale ". Il a regretté cette semaine qu'elle " n'ait pas mieux structuré son offre politique " (!) : pour lui, " si José Bové avait été le candidat de cette gauche antilibérale, ça aurait été très bien " d'autant, précise Hollande, qu'il " a toujours dit qu'il appellerait à voter pour la candidate socialiste au second tour "…
N'en déplaise à ceux qui rêvent d'accéder à nouveau au sommet de l'Etat et à la gestion des affaires de la bourgeoisie, c'est une bonne chose que la diversité politique du mouvement social soit représentée dans la campagne. Le fait que les différents courants du Non au TCE, réussissant à franchir les barrages administratifs, aient chacun leur candidat participe des clarifications politiques. C'est la démocratie : un réel débat va pouvoir avoir lieu et a commencé dans les entreprises, les quartiers, la jeunesse, parmi les militants.
Le débat initié en 2005 se poursuit et s'éclaircit. Dans la campagne pour le Non, telle qu'elle s'est déroulée réellement (et non telle qu'elle a été pour une grande part mythifiée par les antilibéraux) chacun, au sein du même camp, défendait ses propres positions. Des anciens ministres Mélenchon (qui s'est depuis rallié en fanfare à Ségolène Royal) et Marie-George Buffet à Olivier Besancenot en passant par José Bové et bien d'autres… chacun menait sa propre campagne dans un cadre commun. Et, en toute logique, les divergences se sont vite formulées, clarifiant les ambiguïtés passées, quand il s'est agi de discuter programme et projet politique : qui décide, qui contrôle, avec quels moyens et quelles forces ?
Regretter le constat des désaccords n'a pas de sens. Vouloir les masquer pour une unité à tout prix en a par contre un… L'unité n'a pas de vertu en elle-même et celle sur le terrain des antilibéraux, pour gagner une majorité parlementaire de gauche, n'est pas notre combat : cela ne peut être une réponse aux problèmes des classes populaires.

Rompre avec la logique institutionnelle
Nous nous situons en rupture avec les partis institutionnels, les partis du libéralisme, de " l'ordre "… quel que soit le qualificatif qu'ils lui donnent, et dont les programmes s'insèrent tous dans le cadre fixé par le capitalisme. Il s'agit pour nous de faire entendre les exigences du monde du travail en toute indépendance et avec au moins autant de détermination et de clarté que le Medef fait entendre celles du patronat.
Parisot vient de rappeler son existence en appelant les candidats à se montrer " plus ambitieux " en supprimant toute durée légale du travail, en instaurant le licenciement par " consentement mutuel " ou en transférant " progressivement " les cotisations patronales vers les contribuables.
Ségolène Royal, qui veut " réconcilier le pays avec les entreprises " et " fait confiance au dialogue social ", a expliqué faire " un effort pour sortir des dogmes " et a promis, à propos des 35 h, que " tout sera mis sur la table lors d'une négociation entre les partenaires sociaux ". " Ce que je ressens après avoir rencontré les partenaires sociaux, a-t-elle expliqué à Parisot à France Europe Express, c'est que les représentants de la CGT et de la CFDT sont bien plus en avance que vous, ils sont prêts à discuter de tout "… Dans Les Echos, elle précisait : " les syndicats ont envie d'entrer dans une nouvelle ère des relations sociales. […] A condition que la logique soit celle du gagnant-gagnant, les syndicats sont prêts au compromis social. C'est prometteur "…
Les directions des syndicats sont, dans cette campagne, engagées dans un nouveau jeu de dupes… dans lequel il y a bien peu de suspense sur le nom des " gagnants ". S'adressant aux principaux candidats, elles se situent sur le seul terrain institutionnel. Il n'empêche, comme vient de l'illustrer le petit succès de la grève des enseignants, le monde du travail et ses militants trouvent malgré tout le chemin des luttes et font pression sur les confédérations, même si celles-ci y vont à minima, contraintes et de façon éparpillée.
Le besoin de coordination, de liens, de convergences se fait ouvertement sentir. La réponse ne peut venir que des initiatives militantes prises à la base, en toute indépendance des partis du libéralisme et de tous ceux qui veulent soumettre les travailleurs, la population, leurs luttes à la " réalité économique " et aux rythmes institutionnels. Nombre de militants sont à la recherche de tels liens, tentant de dépasser les obstacles, l'isolement, l'inertie des appareils.

Le besoin d'un parti pour les mobilisations
C'est cette unité qu'il nous faut construire, l'unité de ceux qui veulent préparer les luttes, qui veulent agir pour leur convergence, pour transformer le rapport de forces, s'opposer au rouleau compresseur de la bourgeoisie, de sa course aux profits, préparer un autre avenir.
Face aux conséquences dramatiques de la logique capitaliste, la campagne est l'occasion de rassembler autour des idées de la transformation sociale, d'appeler chacun à s'en emparer et à participer à la construction du regroupement des forces du monde du travail, en toute conscience des rapports de forces sociaux et politiques.
Ce processus est à écrire, et est pour une part en cours. La campagne, dans laquelle s'invitent la question sociale et les luttes, pousse aux clarifications politiques, lève les ambiguïtés, éclaire les véritables convergences. Elle encourage le débat politique, permet au plus grand nombre d'y participer, de se l'approprier.
De ce point de vue, l'intervention commune d'Olivier Besancenot et d'Arlette Laguiller en soutien aux ouvriers de Citroën Aulnay en lutte pour 300 € pour tous et 1500 € net de salaire minimum, apparaît comme un symbole de ce que beaucoup aimeraient voir se réaliser, même si, de toute évidence, la politique de Lutte Ouvrière le rend difficile. La nécessité de l'unité des anticapitalistes est bien réelle et se contenter, comme le fait LO, d'y répondre en disant qu'on se retrouvera dans les luttes, relève, pour le moins, d'une certaine désinvolture. Comme si la suite ne dépendait pas d'une volonté politique, comme si la nécessité d'unir les forces, les compétences, ne se posait pas à tous ceux qui veulent offrir des perspectives aux luttes et se retrouvent dans les idées de transformation sociale.
Par delà les difficultés, les limites aujourd'hui des uns et des autres, la campagne et la situation sociale et politique posent le problème à grande échelle de la nécessité d'un parti pour les mobilisations. Un parti du monde du travail qui ne pourra se construire qu'au sein des luttes, à travers la convergence de militants d'extrême gauche, de militants communistes en rupture avec le PS et leur propre direction, de militants du mouvement social, syndical, de jeunes qui s'éveillent au débat politique, au combat démocratique, de tous ceux qui aspirent à d'autres relations sociales, humaines, à une société débarrassée de la concurrence et de l'oppression. Cette perspective est le fil conducteur de notre campagne.

Carole Lucas

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Jeudi 8 mars 2007

8 mars 1910 : lancement de la Journée internationale des femmes

Article tiré de Lutte Ouvrière n°1805 du 6 mars 2003





8 mars : Une journée toujours d'actualité


Le 8 mars est la Journée internationale des femmes depuis qu'en 1910, la militante socialiste allemande, Clara Zetkin, lança une campagne pour le droit de vote des femmes. Après la révolution russe de 1917, cette journée fut chaque année l'occasion de manifestations partout dans le monde pour revendiquer l'égalité des droits entre hommes et femmes.



Tout comme le 1er mai était une journée de lutte pour les travailleurs du monde entier avant d'être dévoyé en « Fête du Travail » par Pétain, ce 8 mars était une journée de lutte et de manifestations des femmes pour leur droit à l'égalité dans tous les domaines, politique, social, professionnel... que revendiquaient les organisations ouvrières, combat inséparable de celui pour l'émancipation des travailleurs.

Aujourd'hui, la pleine égalité entre les hommes et les femmes reste à imposer. En France même, elle est loin d'être acquise dans le domaine social et il faut se rappeler que les femmes n'obtinrent le droit de vote qu'en 1945, que le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) ne fut obtenu qu'en 1974.

En juin 2001, il a même fallu le vote de la loi dite « sur la parité » pour obliger tous les grands partis politiques à présenter un nombre égal d'hommes et de femmes, dans les élections à venir... soulignant le fait que, sans obligation légale et sanction financière à l'appui pour les contrevenants, les femmes continueraient à être largement écartées des listes des grands partis, de droite comme de gauche d'ailleurs.

« Le degré d'émancipation de la société se mesure au degré d'émancipation des femmes », disait déjà au milieu du 19ème siècle un penseur socialiste, Charles Fourier. Mesuré à cet aulne, notre monde n'est pas sorti de la barbarie. La Journée internationale des femmes garde ainsi toute son actualité.



Le mouvement socialiste puis communiste a toujours lutté contre l'oppression des femmes et l'organisation consciente du prolétariat sans distinctions de sexe ou de nationalité. Nous présentons ci-dessous un extrait des thèses pour la propagande parmi les femmes adoptées au 3ème congrès de l'Internationale communiste en juin 1921.


MÉTHODES D'ACTION PARMI LES FEMMES

Partant des principes ci-dessus indiqués, le 3° Congrès de l'Internationale Communiste établit que le travail parmi le prolétariat féminin doit être mené par les Partis Communistes de tous les pays sur les bases suivantes :

1. Admettre les femmes à titre de membres égaux en droits et en devoirs à tous les autres dans le Parti et dans toutes les organisations prolétariennes (syndicats, coopératives, conseils des anciens des usines, etc.)

2. Se rendre compte de l'importance qu'il y a à faire participer activement les femmes à toutes les branches de la lutte du prolétariat (y compris sa défense militaire), de l'édification des nouvelles bases sociales, de l'organisation de la production et de l'existence selon les principes communistes.

3. Reconnaître la maternité comme une fonction sociale, prendre et appliquer toutes mesures nécessaires à la défense de la femme dans sa qualité de mère.

Tout en se déclarant énergiquement contre toute espèce d'organisation séparée de femmes au sein du Parti, des syndicats ou des autres associations ouvrières, le 3° Congrès de l'Internationale Communiste reconnaît la nécessité pour le Parti Communiste d'employer des méthodes particulières de travail parmi les femmes et estime utile de former dans tous les Partis Communistes des organes spéciaux chargés de ce travail.

En cela le Congrès est guidé par les considérations suivantes :

1° l'asservissement familial de la femme non seulement dans les pays bourgeois capitalistes, mais même dans les pays où existe déjà le régime soviétique, dans la phase de transition du capitalisme au communisme.

2° la grande passivité et l'état politique arriéré des masses féminines, défauts expliqués par l'éloignement séculaire de la femme de la vie sociale et par son esclavage dans la famille.

3° les fonctions spéciales imposées à la femme par la nature elle-même, c'est-à-dire la maternité et les particularités qui en découlent pour la femme, avec le besoin d'une plus grande protection de ses forces et de sa santé dans l'intérêt de toute la société.

Ces organes pour le travail parmi les femmes doivent être des sections ou des commissions fonctionnant auprès de tous les Comités du Parti, à commencer par le Comité Central et jusqu'aux comités de quartier ou de district. Cette décision est obligatoire pour tous les Partis adhérant à l'Internationale Communiste.

Le 3° Congrès de l'Internationale Communiste indique comme tâches des Partis Communistes à accomplir par l'intermédiaire des sections pour le travail parmi les femmes :

1. Eduquer les grandes masses féminines dans l'esprit du communisme et les attirer dans les rangs du Parti.

2. Combattre les préjugés relatifs aux femmes dans les masses du prolétariat masculin, en renforçant dans l'esprit des ouvriers et des ouvrières l'idée de la solidarité des intérêts des prolétaires des deux sexes.

3. Affermir la volonté de l'ouvrière en l'utilisant dans la guerre civile sous toutes ses formes et aspects, éveiller son activité en la faisant participer aux actions de masses, à la lutte contre l'exploitation capitaliste dans les pays bourgeois (contre la cherté de la vie, la crise du logement et le chômage), à l'organisation de l'économie communiste et de l'existence en général dans les républiques soviétiques.

4. Mettre à l'ordre du jour du Parti et des institutions législatives les questions relatives à l'égalité de la femme et à sa défense comme mère.

5. Lutter systématiquement contre l'influence de la tradition, des mœurs bourgeoises et de la religion, afin de préparer la voie à des rapports plus sains et plus harmonieux entre les sexes et à l'assainissement moral et physique de l'humanité travailleuse.

Tout le travail des sections féminines devra être fait sous la direction immédiate et sous la responsabilité des comités du Parti.

Parmi les membres de la commission ou de la direction des sections devront figurer aussi, dans la mesure du possible, des camarades communistes hommes.

Toutes les mesures et toutes les tâches qui s'imposent aux commissions et aux sections des ouvrières devront être réalisées par elles, d'une manière indépendante, mais dans les pays des Soviets par l'intermédiaire des organes économiques ou politiques respectifs (sections des Soviets, Commissariats, Commissions, Syndicats, etc.) et dans les pays capitalistes avec l'aide des organes correspondants du prolétariat (syndicats conseils, etc.).

Partout où des Partis Communistes ont une existence légale ou semi-légale, ils doivent former un appareil illégal pour le travail parmi les femmes. Cet appareil doit être subordonné et adapté à l'appareil illégal du parti dans son ensemble. Là, comme dans l'appareil légal, chaque Comité doit comprendre une camarade, chargée de diriger la propagande illégale parmi les femmes.

Dans la période actuelle, les syndicats professionnels et de production doivent être pour les Partis Communistes le terrain fondamental du travail parmi les femmes, tant pour les pays où la lutte pour le renversement du joug capitaliste n'est pas encore terminée que dans les républiques ouvrières soviétiques.

Le travail parmi les femme doit être mené dans l'esprit suivant : unité dans la ligne politique et dans la structure du parti, libre initiative des commissions et des sections dans tout ce qui tend à procurer à la femme sa complète libération et égalité, ce qui ne saurait être pleinement obtenu que par le Parti, en entier. Il ne s'agit pas de créer un parallélisme, mais de compléter les efforts du Parti par l'activité et l'initiative créatrices de la femme.
Par xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx - Publié dans : tribunecommuniste
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