Lundi 30 avril 2007
Second tour de l'élection présidentielle
Déclaration du GSI
Non à la continuité capitaliste, remplaçons les urnes par la mobilisation des travailleurs !
L’ensemble des forces politiques voudraient nous faire croire à la réalité d’un duel « gauche-droite » lors de ce second tour qui verra « s’affronter » S. Royal et N. Sarkozy. Les prises de position en faveur de S. Royal de la part des deux principaux candidats, O. Besancenot (LCR) et A. Laguiller (LO), parmi les trois organisations dites trotskystes présentes lors du premier tour, viennent ajouter encore plus de confusion dans les rangs des travailleurs. Le deuxième tour de la présidentielle verra donc « s'opposer » deux candidats de la bourgeoisie.

S. Royal, candidate d'un PS, désormais exclusivement au service des capitalistes, qui propose de faire passer les mesures du MEDEF en les enrobants d'un discours social-libéral ou social-chrétien, aux choix, cherche désespérément un allié en la personne du démocrate-chrétien F. Bayrou arrivé en troisième position. Elle veut être la garante de l'ordre sociale capitaliste, c'est pourquoi elle se présente comme la candidate de la paix sociale... Son projet stratégique consiste à « moderniser » le pays, en s'appuyant sur les directions syndicales bureaucratiques, à travers le « dialogue social ».

C'est dans cette optique « d'unité nationale » pour pacifier la lutte des classes et étouffer les luttes des travailleurs, pour « sauver la France » de cet affrontement, que S. Royal et le PS proposent une alliance « ponctuelle » à F. Bayrou en vue de ce second tour. Alliance qui pourrait se prolonger à terme, en passant par différentes formes de transitions, dans une tentative de constituer un « parti démocrate » à l’américaine ou un « new-labour party » comme celui de T. Blair.

Cette perspective pourrait ainsi s’intégrer au projet partagé par le PS et l’UMP d’imposer un bipartisme institutionnel comme conséquence logique du quinquennat, posant les bases d’une ultime tentative de sauvetage des institutions bourgeoises.

L’autre « sauveur » de la bourgeoisie française, menacé par « les hordes » de prolétaires et de jeunes qui refusent d'accepter « l’ordre des choses », c'est N. Sarkozy. Sinistre petit führer de la droite française, il s'inspire de Bush et de sa politique. Sarkozy a le même objectif stratégique que le PS de Royal : « moderniser la France » au profit des capitalistes.

Là où les deux principaux candidats de la bourgeoisie diffèrent c'est sur les moyens tactiques. S. Royal veut d'abord l'intégration des syndicats à l'appareil d'Etat avant d'imposer son « ordre juste » contre les éventuelles velléités de mobilisation des travailleurs. Et ce, afin de faire passer la politique du MEDEF à froid, sans lutte d'ampleur de la part des travailleurs.

L'autre, quant à lui, ne voit qu'une façon de faire passer la politique du MEDEF : la répression des mobilisations sociales d'abord afin de faciliter l'intégration des syndicats à l'appareil d'Etat ensuite... Sarkozy propose une méthode simple pour faire passer sa politique en s'appuyant ouvertement sur l'appareil répressif de l'Etat bourgeois. Il appel cela « décomplexer la droite »...

De ce point de vue, le PS et l'UMP n'ont pas le même programme... de gestion de « l’économie de marché ». Ceux qui disent faire une différence entre la gauche et la droite pour justifier leur appel à voter S. Royal oublient de dire que PS et UMP défendent un même choix de société : le capitalisme. Ainsi, au lieu de défendre l'indépendance de classe en démystifiant le programme entièrement pro-capitaliste du PS, certains, pour des raisons purement électoralistes, préfèrent jouer le rôle de couverture « de gauche » du PS créant ainsi la confusion chez les travailleurs. C’est le cas de deux des « organisations trotskystes » qui ont présenté des candidats lors du premier tour, la LCR et LO.

Ainsi, pour O. Besancenot (LCR) : « Le 6 mai [lors du second tour, NDLR] nous serons du côté de ceux et celles qui veulent empêcher Nicolas Sarkozy d’accéder à la présidence de la république. Il ne s’agit pas de soutenir Ségolène Royal mais de voter contre Nicolas Sarkozy. ».

Pour sa part A. Laguiller (LO) déclare : « Pour revenir sur le passé, je ne regrette pas, loin de là car j’en suis fière, d’avoir été la seule à refuser en 2002 d’appeler à choisir entre deux hommes de droite et à refuser de voter pour Chirac, Chirac qui avait Sarkozy dans ses bagages. », elle ajoute : « Je voterai donc pour Ségolène Royal. Et j’appelle tous les électeurs à en faire autant. Mais si je fais ce choix c’est uniquement par solidarité avec tous ceux qui, dans les classes populaires, déclarent préférer "tout sauf Sarkozy" ».

Au delà de ces déclarations pitoyables, il faut relever que la prise de position

de LO, sans précédent, a provoqué l’hilarité et la surprise générale. Prise de position qui lui a permis de rehausser son prestige dans les rangs du PS. A tel point qu’on a pu assister à cette scène surréaliste lors du meeting de S. Royal, à Montpellier, le 25 avril : la candidate du PS a remercié chaleureusement A. Laguiller et l’a faite ovationner par toute la salle !

Ceux qui avancent la perspective d'un gouvernement « de gauche », toutes variantes confondues, vivent dans le passé. La chute du mur de Berlin combinée aux exigences de la mondialisation capitaliste a généré un processus de décomposition des organisations se réclamant de la classe ouvrière. Au cours de ce processus, les partis ouvriers-bourgeois tendent à devenir des partis bourgeois, c’est le cas du PS français - et d’autres PS dans le monde - et les partis néo-staliniens ne sont plus que l'ombre de ces derniers. En quelque sorte, ceux qui défendent ce type de gouvernement attendent la renaissance d’une nouvelle mouture élargie de « gauche plurielle ».

Pour nous il est clair que ces deux candidats au service des capitalistes, fervents partisans du traité constitutionnel européen (TCE), ne diffèrent donc que sur les moyens tactiques, pas sur l'objectif stratégique. Quand l'une propose la méthode de « la main de fer dans un gant de velours », l'autre lui oppose la méthode du « big stick » (gros bâton) contre les travailleurs.

Ceux qui disent que Sarkozy veut imposer une défaite à la classe ouvrière ont raison. Mais nous avons aussi raison quand nous affirmons que S. Royal et le PS veulent imposer une défaite à froid, sans luttes, aux travailleurs. Entre la politique du « big stick » du petit führer des Carpates, de N. Sarkozy, et la politique pétainiste d'intégration des syndicats à l'appareil d'Etat de S. Royal, nous n'avons pas à choisir. Choisir entre ces deux candidats de l' « UMPS1 » et du MEDEF, reviendrait à accepter leur politique et à choisir « la sauce » à laquelle nous devrions « être mangés ».

Non, S. Royal n'est pas moins pire que N. Sarkozy contrairement à ce qu'essayent de nous expliquer la gauche institutionnelle et ses supplétifs. En 2002 la politique « du moindre mal » les a d'ailleurs amené à voter Chirac « contre » le Pen. On à vu le résultat et ce malgré le fait que le gouvernement Chirac-Raffarin ou Villepin était minoritaire dans les urnes : record d'expulsions de sans papiers pour la France, hausse du chômage et de la précarité, état d'urgence décrété contre la révolte des banlieues, GIGN contre les travailleurs de la SNCM...

Par ailleurs, à chaque fois que la classe ouvrière a su s'imposer, en particulier lors de la victoire du Non contre le TCE et lors des mobilisations contre le CPE (contrat premier emploi), elle l'a fait contre les partis institutionnels et sur son terrain : celui de la lutte des classes, celui de l'action directe des travailleurs et des jeunes. Pour nous, choisir entre ces deux candidats, c'est choisir le camp de la résignation, de la soumission à l'Europe de Maastricht-Amsterdam. Choisir entre ces deux candidats c'est faire revenir sur la table et par la grande porte le TCE et l’ensemble des objectifs des capitalistes.

Entre la peste et le choléra il existe pourtant un choix simple : la défense de l'indépendance de classe. L’orientation strictement électoraliste des formations « trotskystes » amène à ce qu’elles sortent globalement laminées de cette épreuve, bien que la LCR résiste de façon conjoncturelle au mouvement. Ce n’est pas une telle orientation - qui les transforme en supplétifs du PS - qui permettra d’ouvrir une perspective favorable aux intérêts historiques de la classe ouvrière.

Pour le socialisme, pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire internationaliste dont nous avons tous besoin, il nous faut faire un choix. C'est pourquoi nous avons choisi de défendre l'indépendance de classe des travailleurs et leurs organisations, nous avons choisi de défendre l'avenir des luttes, nous avons choisi de défendre le socialisme.

Nous appelons les travailleurs et les jeunes à refuser de choisir entre Royal et Sarkozy et à s'organiser dès maintenant pour lutter et défendre leurs acquis, pour construire un véritable parti ouvrier révolutionnaire seul outil à même de nous mener à la victoire, au socialisme.

Nous appelons les travailleurs à n’apporter aucune confiance ni aucune légitimité aux deux candidats qui continueront avec des méthodes « peut-être » différentes, la même politique imposée par les directives et traités de Bruxelles de démantèlement des conquêtes et acquis sociaux.

Nous appelons tous les travailleurs et la jeunesse à n’avoir confiance que dans leurs PROPRES FORCES pour vaincre cette politique anti-ouvrière. Avec la seule méthode traditionnelle du mouvement ouvrier qui lui a permis d'arracher autant de victoires, à savoir, la mobilisation unie et permanente des opprimés et exploités sous tous ses formes (grèves, manifestations etc.) contre l'ordre capitaliste et ses représentants.

Paris, le 26 avril 2007

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Dimanche 29 avril 2007

Déclaration de La Commune

2ème tour : COMMENT BATTRE SARKOZY ?

 

29 avril 2007

 

 

Assurément, Nicolas Sarkozy est un homme dangereux. Candidat du MEDEF, il a dans sa ligne de mire nos libertés et les droits sociaux qui ne nous ont pas encore été arrachés. Alors, comment peut-on le battre le 6 mai prochain ?

Peut-on battre Sarkozy en flirtant avec Bayrou, l’autre candidat de la droite et des patrons ?
Certainement pas ! Le PS et Ségolène Royal proposent à l’UDF des postes de ministres dans leur gouvernement et n’écartent même pas l’éventualité de Bayrou, Premier ministre si Royal est élue.
Le programme de Bayrou est bien connu : cadeaux aux patrons, casse de la Sécurité Sociale, des retraites et service minimum dans les transports, autrement dit, atteintes au droit de grève, comme le propose aussi …Sarkozy !

Peut-on battre la droite, peut-on battre Sarkozy le 6 mai en s’alliant avec Bayrou, ministre de Chirac-Juppé et chef d’un parti qui a été le berceau de Giscard, Barre, de Robien et compagnie ?
Certainement pas ! Jean-Louis Borloo, ex-UDF rallié à Sarkozy, a même jugé « utile » et « nécessaire » que les membres de l’UDF « soient massivement au gouvernement  » en cas de victoire de Sarkozy. Et, c’est avec eux, en leur tendant la main que Ségolène Royal et ceux qui la soutiennent pensent pouvoir battre Sarkozy ? Quelle illusion !

Qui plus est, peut-on battre Sarkozy en ayant un programme pratiquement identique au sien ?
Certainement pas ! Le programme de Madame Royal, c’est aussi des exonérations de charges sociales pour les patrons par millions, le refus de l’augmentation sérieuse des salaires, le maintien intégral des lois de droite (loi Fillon sur les retraites, etc.), le refus de la régularisation de tous les sans-papiers, la mise en place d’un contrat « première chance » pour les jeunes, à l’image du CPE de Villepin …

Un candidat de gauche peut-il battre la droite en appliquant la même politique qu’elle ?
Certainement pas ! Pour battre Sarkozy, il faut, au contraire, une véritable politique courageuse et de gauche, une politique qui appelle à la mobilisation pour
- L’abrogation de toutes les lois anti-sociales de droite mais aussi depuis 1983
- Le retour aux 37,5 annuités pour les retraites public-privé, l’abrogation de la loi Fillon et le maintien des régimes spéciaux
- L’arrêt des exonérations patronales qui asphyxient la Sécurité sociale
- Un programme de construction de logements sociaux (3 millions sur 3 ans)
- 300 euros d’augmentation des salaires, tout de suite, et le SMIC à 1500 euros net dès le 1 er juillet
- La régularisation de tous les sans-papiers et la fermeture des centres de rétention administrative

Il est clair que dans ces conditions, Sarkozy pourrait être battu le 6 mai. Si la gauche et Ségolène Royal prenaient publiquement en charge le combat sur ce programme anti-Sarkozy, anticapitaliste, la victoire serait à portée de main et nous serions résolument à ses côtés le 6 mai.
Si, comme malheureusement, tout indique le contraire, alors disons-le clairement : Ségolène Royal et son parti prendront la lourde responsabilité de laisser passer Sarkozy. Sans nous !

Si Ségolène Royal maintient son programme et sa politique actuels, elle prépare la voie de la victoire de Sarkozy. S’il en est ainsi, alors, le 6 mai, par l’abstention ou le vote blanc, nous indiquerons notre refus d’une défaite annoncée.

 

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Samedi 28 avril 2007

Petit article de Rosa Luxemburg sur l'histoire du premier mai.

J'ai volé la mise en forme de l'article sur le très intéressant site SOLIDARITE OUVRIERE
http://communisme.wordpress.com/

Rosa Luxembourg : Quelles sont les origines du Premier Mai ?

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heures (1), est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.


Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1° mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200.000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1° mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 1889 (2). A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne (3) de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1° mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

A cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1° mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1° mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1° mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1° mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1° mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1° mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1° mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.

Rosa Luxembourg, « Sprawa Robotnicza », 1894

(1) L’usage était alors une journée de travail d’au moins 10 à 12 heures par jour.

(2) Il s’agit du premier congrès de la II° internationale.

(3) Raymond Lavigne (1851- ?), militant politique et syndicaliste.

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