tribunecommuniste

Dimanche 7 janvier 2007

Ci-dessous un article qui va, à mon avis, dans le bon sens.


Article du CRI des Travailleurs n°24

LCR, LO et PT partent en ordre dispersé... avec chacun un programme sans perspective !

À l’« extrême gauche », les trois principales forces (seules organisations de taille nationale) que sont la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Lutte ouvrière (LO) et le Parti des travailleurs (PT) se disposent pour présenter chacun ses propres candidats aux élections présidentielle et législatives de 2007, sans même avoir tenté de discuter entre elles pour essayer de se mettre d’accord sur un programme anti-capitaliste et des candidats communs.

LCR : valses hésitations entre anti-libéralisme inacceptable et anti-capitalisme confus

Dans la LCR, une forte minorité (plates-formes 3 et 4) continue de se battre à l’intérieur des collectifs pour des candidatures communes anti-libérales et à l’intérieur de la LCR pour que celle-ci ne s’engage pas dans sa propre campagne autonome, mais revienne dans la coalition anti-libérale dominée par le PCF. Cette minorité propose donc expressément de ranger le programme anti-capitaliste dans un tiroir en se contentant de défendre, avec et comme le PCF, une orientation simplement anti-libérale, c’est-à-dire altercapitaliste. Elle sombre ainsi dans l’illusionnisme électoraliste, au lieu de se battre pour faire connaître un véritable programme anti-capitaliste et faire ainsi progresser la conscience des travailleurs. Cependant, la majorité de la LCR est acquise à la candidature d’Olivier Besancenot, qui implique par elle-même un programme plus à gauche que celui de la coalition anti-libérale, dans la mesure où la séparation d’avec celle-ci exige d’être justifiée. De fait, la campagne de la LCR s’oriente sur le thème d’une « gauche anticapitaliste et antidiscriminations », pour un « rassemblement de tous les anticapitalistes dans une nouvelle force politique de masse, utile dans les mobilisations comme dans les élections ». Sur le papier, on ne pourrait que se féliciter d’une telle orientation… si elle était dénuée d’ambiguïtés. Or elle se contente en fait, pour l’essentiel, de slogans vagues, qui pourraient tout à fait convenir aux réformistes, puisque rien n’est dit sur les moyens de rompre avec le capitalisme lui-même pour satisfaire les revendications : « Nos vies valent plus que leurs profits », « Et le partage des richesses, c’est pour quand ? », « Le respect et la fin des discriminations, c’est pour quand ? » (affiches de campagne de la LCR). En laissant ces dernières questions sans réponse, la LCR ne fait guère progresser la conscience de classe, faute d’avancer clairement la perspective d’un gouvernement des travailleurs pour les travailleurs, qui serait pourtant seul capable de satisfaire les revendications et aspirations du prolétariat et de la jeunesse, en mettant en œuvre une politique réellement anti-capitaliste.

Corrélativement, au lieu de marquer le clivage programmatique entre les anti-capitalistes et les pro-capitalistes « anti-libéraux », la LCR continue de semer des illusions sur la « gauche » en général. Si elle refuse clairement le projet du PCF et de la coalition antilibérale de soutenir un gouvernement PS, la LCR n’en trace pas moins une ligne de partage entre la droite et la gauche. C’est ainsi qu’elle valorise, sous la plume d’Alain Krivine dans Rouge du 26 octobre 2006, le fait que le « PS entend battre la droite, comme tous ceux et celles qui souffrent de cette politique réactionnaire » ; autrement dit, la LCR n’exclut nullement d’appeler à voter pour le PS aux seconds tours des élections de 2007, ce qui serait pourtant entretenir les illusions parmi les travailleurs, au lieu de les aider à aller jusqu’au bout de leur rupture avec les ex-réformistes désormais entièrement convertis au « social-libéralisme ». Dans le même numéro de Rouge, un autre dirigeant de la LCR, Pierre-François Grond, a la naïveté de s’étonner que « la gauche » emboîte le pas à la droite sur le thème de l’insécurité ; et, en remarquant que, dans la campagne du PS, « aucune mesure sociale n’émerge, comme pouvaient l’être les 35 heures en 1997 », ce dirigeant de la LCR apporte un soutien tacite aux lois Aubry, au lieu de critiquer leurs très graves dispositions régressives et de dénoncer plus généralement la politique réelle de la « gauche plurielle » dès son élection en 1997 (cf. ci-dessous notre article sur le bilan du gouvernement Jospin-Buffet-Chevènement-Voynet).

Cependant, c’est surtout à l’égard du PCF que la LCR continue de semer des illusions : l’article déjà évoqué d’Alain Krivine, pourtant consacré à ce parti, ne critique pas son programme, se contentant de regretter que la « conférence nationale [du PCF] n’ait même pas envisagé les modalités de consultation des communistes en cas de refus des collectifs » de la candidature Buffet. Car en fait, même si eux-mêmes ne se font plus d’illusions sur la possibilité que le PCF et ses alliés renoncent à soutenir le PS en cas d’arrivée de ce dernier au pouvoir, Olivier Besancenot et la direction de la LCR continuent de répéter qu’ils sont prêts à retirer leur candidature au profit d’une coalition de « tous les partis qui ont appelé à voter non, du PCF à LO ». Or, s’il était juste de se battre pendant toute une période au sein des collectifs, afin d’y faire avancer les idées et le programme réellement anti-capitalistes, cela n’est plus acceptable depuis que le triomphe de la ligne « anti-libérale » défendue par le PCF et ses alliés est acquis, privant les militants et les travailleurs de toute véritable perspective de classe.

LO : auto-isolement identitaire, absence de perspective et ralliement au slogan « battre la droite »

De son côté, LO refuse toute alliance électorale avec les anti-libéraux pour le premier tour, ce qui est tout à son honneur, et tient formellement un discours de classe : « le camp des travailleurs » contre le patronat et la bourgeoisie. Cependant, elle affiche clairement sa propre candidature à la fois comme une décision très « identitaire » et comme une candidature de pur témoignage. C’est ainsi que, dès son premier meeting de campagne à la Mutualité à Paris le 13 octobre, où elle n’a d’ailleurs parlé presque que des élections au lieu de lier sa campagne aux luttes actuelles, non seulement Arlette Laguiller a fait jouer son image médiatique de recordwoman des candidatures à la présidentielle, mais en outre elle s’est efforcée de justifier par toutes sortes d’arguments son refus de s’allier avec la LCR. Elle a certes critiqué la politique opportuniste de la LCR avec des arguments justes, contre la coalition antilibérale ; mais, après la décision de la LCR de ne pas cautionner l’alliance constituée autour du PC pour servir de rabatteur de voix en faveur du PS, il est clair que la situation n’est plus la même que celle qui prévalait encore au printemps et qu’il n’y a plus d’obstacles à l’ouverture de discussions entre LO et la LCR. Or, au lieu de cela, Laguiller a défendu une argumentation puérile, en disant que, si la LCR se retrouvait « le bec dans l’eau », c’était bien fait pour elle… Puis elle a apporté un soutien formel à la campagne de recherche de signatures de la LCR auprès des maires, en disant qu’elle serait très triste si Besancenot ne les obtenait pas… Enfin, Laguiller a essayé de justifier les candidatures séparées par des arguments purement électoralistes : elle a expliqué longuement (en épluchant les sondages qui distinguent différents cas de figure selon que Royal, Fabius ou Strauss-Kahn soit candidat du PS) comment additionner les voix qu’elle-même obtiendrait avec celles de Besancenot pour mesurer le poids global de l’extrême gauche… Ce faisant, LO confirme la conception purement électoraliste qu’elle se fait de sa propre campagne, avec l’objectif de gagner le plus de voix possibles pour elle et la LCR, au lieu de mettre cette campagne au service de la construction d’une véritable alternative ouvrière et anti-capitaliste. Au demeurant, cette tactique, qui est inadmissible stratégiquement, ne peut conduire en fait qu’à un fiasco électoral assuré : les sondages n’ont aucune valeur à sept mois de l’échéance et alors que la pression des médias et des partis institutionnels pour le « vote utile », contre le renouveau d’un 21 avril, a à peine commencé, promet d’être terrible et ne pourrait en fait être contrée que par une large alliance anti-capitaliste unifiée, qui refuse tout soutien au PS (même au second tour) et qui combatte aussi frontalement la coalition « anti-libérale ».

D’autre part, au lieu d’utiliser la campagne électorale pour développer un véritable programme anti-capitaliste, LO refuse de mettre en avant la question du pouvoir, celle d’un gouvernement des travailleurs eux-mêmes. Certes, celui-ci n’est pas à l’ordre du jour immédiat, mais un véritable parti révolutionnaire se doit de dire la vérité aux travailleurs, tout particulièrement quand il s’adresse à eux sur un mode propagandiste dans le cadre d’une campagne électorale : à moins de sombrer dans le réformisme, il faut dire clairement que, sans rupture avec le capitalisme, leurs revendications fondamentales ne seront jamais satisfaites. Or, tout en critiquant le programme seulement « anti-libéral » du PCF et de ses alliés, LO ne propose elle-même rien d’autre qu’une sorte de programme minimal, qui n’est pas clairement anti-capitaliste, puisqu’il ne débouche ni sur la perspective d’un gouvernement des travailleurs, ni même sur un appel à intensifier la lutte de classe pour aller vers la grève générale, pourtant seule capable d’infliger une véritable défaite au patronat et au gouvernement.

Au demeurant, on remarque que, dans son premier meeting de campagne le 13 octobre, Arlette Laguiller s’est contenté d’avancer quelques éléments d’un tel « programme minimal » sans même évoquer l’objectif final du communisme, contrairement à ce qu’elle faisait naguère lors de ses meetings, même électoraux (quoique toujours de manière formelle et sentimentale).

Enfin, LO sème elle aussi des illusions sur le thème « la gauche, c’est moins pire que la droite ». C’est ainsi que, lors du meeting du 13 octobre, Arlette Laguiller a déclaré : « Ne nous y trompons pas, nous ne disons pas et ne dirons pas que la gauche et la droite c’est pareil. Elles sont les acteurs d’une même pièce [...]. Alors chasser ce gouvernement de droite, oui, cela ferait plaisir […]. Évidemment, on ne peut pas, dans les circonstances actuelles, chasser cette droite sans ramener la gauche que nous connaissons pourtant déjà bien. Mais il ne faudrait pas la ramener au pouvoir les yeux fermés, sans rien lui demander en échange. Et par rien lui demander, je n’entends rien exiger d’elle. Je souhaite que les voix qui se porteront sur ma candidature soient une menace pour la gauche [...], que le maximum d’électeurs populaires qui voteront pour le candidat socialiste au second tour disent ouvertement qu’ils ne sont pas dupes des marshmallows déguisés en phrases des candidats socialistes. » Cette orientation a ensuite été confirmée dans l’éditorial des bulletins d’entreprise et de l’hebdomadaire Lutte ouvrière du 20 octobre, qui est encore plus clair puisqu’il se termine en affirmant que « la candidature d’Arlette Laguiller (…) permettra au moins à l’électorat populaire de contribuer, par son vote, à chasser si possible la droite, mais en exprimant sa défiance vis-à-vis des dirigeants de la gauche, qui l’ont déjà trompé bien des fois ». — Autrement dit, tout en critiquant le bilan de la gauche plurielle et le projet du PS, LO n’en participe pas moins à sa façon, à la place qui est la sienne dans la « pièce », à une vaste union de la « gauche » contre la « droite », en encourageant clairement les travailleurs à voter pour le PS aux seconds tours des élections de 2007. LO cède ainsi à la pression des forces qui, du PS à la LCR, donne du crédit au mythe bourgeois d’un clivage entre la « droite » et la « gauche », alors que, pour les marxistes, le seul clivage significatif est celui qui passe entre les partis bourgeois, qui soutiennent ouvertement le capitalisme, et les partis ouvriers, qui le combattent ou au moins le contestent. L’orientation consistant à cautionner le slogan « battre la droite » ne peut que désarmer les travailleurs en semant des illusions sur la nature même du PS, quelles que soient les critiques et « exigences » qu’on puisse lui adresser par ailleurs. Si elle se confirmait, une telle orientation constituerait d’ailleurs une rupture avec celle défendue par LO lors des précédentes élections présidentielles depuis 1988.

PT : nouvelle aggravation de la ligne républicaine-petite-bourgeoise et social-chauvine

Quant au PT, il se dirige de plus en plus clairement vers la présentation de son propre candidat… mais sans que ce soit officiellement son propre candidat, puisque ce serait un candidat qui se présenterait au nom du « Comité pour la reconquête de la démocratie », où le PT est hégémonique, mais qui ne repose pas lui-même sur un programme ouvrier. Ce faisant, le PT se prépare à réaliser un pas de plus dans sa fuite en avant dans la rupture avec toute perspective de classe et, par là même, vers sa propre dissolution politique en tant que parti ouvrier. Avec son orientation tout entière centrée sur la dénonciation de l’Union européenne et pour une prétendue « reconquête de la démocratie », non seulement le PT fait croire aux travailleurs que la « démocratie » existait avant la mise en place de l’Europe de Maastricht (au mépris de toute la tradition du communisme, qui a toujours dénoncé l’État bourgeois comme anti-démocratique), mais en outre il fait croire que le gouvernement français ne serait qu’une victime, certes consentante, de l’Union européenne et par là même, selon lui, des États-Unis. Le PT s’enfonce donc toujours davantage dans le social-chauvinisme consistant à substituer l’anti-américanisme démagogique à l’anti-capitalisme exigeant, à troquer le combat de classe pour une lutte démocratiste petite-bourgeoise et à détourner la colère des travailleurs vers la seule Commission européenne, protégeant ainsi objectivement le gouvernement.

C’est le sens de la délégation de cinq maires que le PT a organisée, au nom du Comité national pour la reconquête de la démocratie, au ministère de l’Intérieur : l’axe de cette délégation, reçue par un représentant de Sarkozy, a été de faire dire à celui-ci qu’il n’était qu’un exécutant de l’Union européenne… D’ailleurs, même de ce point de vue, la « démonstration » est plutôt ratée, quoiqu’en dise le PT, car le sarkozyste en question a revendiqué toutes les décisions du gouvernement comme des « choix » — ce en quoi il avait tout à fait raison : l’Union européenne n’« impose » au gouvernement français que ce qu’il choisit de se faire « imposer », et qui exprime en réalité non pas les intérêts des États-Unis, mais bien évidemment ceux du capitalisme français et de ses principaux alliés européens. Par cette délégation, le PT a montré également l’aggravation sans précédent de sa « méthodologie » petite-bourgeoise : au lieu de proposer ou même d’organiser lui-même une manifestation de travailleurs au gouvernement pour exiger telles ou telles revendications (il s’agissait en l’occurrence de défendre une école ici, un bureau de poste là, des prérogatives municipales, bref de défendre les services publics et des acquis démocratiques), le PT et ses amis proclament une poignée de maires policés « représentants » des travailleurs. À la mobilisation de classe, seule capable d’imposer la satisfaction des revendications ouvrières et démocratiques, est ainsi substituée un conception typiquement bourgeoise de la « représentation » : les « administrés » sont invités à rester bien sagement chez eux pendant que leurs « élus » s’occupent de leur sort dans un salon de ministère !

Dans ce cadre, l’éditorial de Daniel Gluckstein dans Informations ouvrières du 19 octobre annonce la décision du PT concernant la présidentielle en la présentant hypocritement comme une exigence qui viendrait d’« en bas », du « peuple » : il s’agit manifestement de faire avaler la couleuvre aux militants du PT, auxquels on demande de dissoudre leur parti, qu’ils croient ouvrier et socialiste, dans un ectoplasme « républicain ». Gluckstein se prononce pour « un candidat qui vienne d’en bas », « un candidat qui parlerait des préoccupations du peuple »… c’est-à-dire, figurez-vous… « un candidat des maires » ! Car « qui, mieux que les maires, peut se faire l’écho, le porte-parole, l’interprète de ce que sont les préoccupations de leurs administrés ? » Un pas de plus est donc franchi dans le révisionnisme lambertiste : le PT ne voit plus la moindre trace de classes sociales (dans la société française, il n’y aurait plus que des « administrés ») et va jusqu’à nous servir le plat indigeste du « maire providentiel » ! Il faut donc rappeler au PT le B-A-BA des principes du mouvement ouvrier : l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, leurs seuls « porte-parole » ne peuvent être les maires élus dans le cadre des institutions de l’État bourgeois (d’ailleurs pour la plupart de droite dans ce pays, comme le montre aussi bien la composition du Sénat que les élections à l’Association des maires de France) ; les porte-parole des prolétaires ne peuvent être que les délégués mandatés et révocables des organisations de classe qu’ils se donnent eux-mêmes (syndicats, partis, Assemblées générales, comités d’usine, soviets, etc.).

Le sectarisme d’organisation est le corollaire de cette orientation « œcuménique » interclassiste. Dans Informations ouvrières du 19 octobre, Pierre Lambert, dirigeant historique acariâtre du PT, écrit dans une petite note que « l’extrême gauche officielle ne met pas au centre de son activité la dénonciation de l’Union européenne », c’est-à-dire qu’il justifie d’emblée de ne pas envisager la moindre discussion avec LO et la LCR au nom de la ligne identitaire du PT. Et, pour justifier ce sectarisme, il se lance dans un « diagnostic » catastrophiste dont le PT a le secret pour essayer de faire accepter aux militants sa politique révisionniste : « Réinstaurer la démocratie, c’est préserver le pays de la guerre civile engagée sous l’égide de l’Europe de Maastricht. » Rien que ça ? Lambert a-t-il la mémoire qui flanche au point d’avoir oublié ce qu’est une guerre civile ? Il semble plutôt que, sous cette « analyse » tragiquement ridicule de la lutte de classe réelle, Lambert réitère son refus de toute perspective révolutionnaire… qui implique évidemment la perspective de la guerre civile entre les classes ! En prétendant que l’Union européenne fomenterait la « guerre civile » en soi, Lambert va jusqu’au bout de sa ligne de « défense nationale » de la France et de son État.

Certes, les références à la lutte de classe subsistent dans Informations ouvrières, même si elles sont de plus en plus rares, et généralement cantonnées aux rubriques concernant l’activité syndicale : il faut bien persuader les militants du PT, qui sont pour la plupart des dirigeants ou cadres syndicaux se réclamant de la lutte de classe, que la direction de leur parti défend toujours son programme officiel. Mais il est clair que la dérive du PT est en train de franchir un nouveau palier : s’il continue de se dissoudre dans la ligne de la « défense de la République une et indivisible » et de s’aligner derrière les « maires », c’est l’appartenance même du PT au mouvement ouvrier qui finira par disparaître complètement. Il faut espérer des militants lutte de classe du PT une réaction rapide et déterminée, s’ils veulent sauver leur propre organisation en tant qu’organisation ouvrière. Il est clair en tout cas que les militants lutte de classe, s’ils peuvent voter et faire voter pour les candidats de partis ouvriers de différents types (tout dépend de la situation, de considérations programmatiques, stratégiques et tactiques…), ne pourront en aucun cas voter et faire voter en 2007 pour un « candidat des maires », pour un candidat qui ne serait pas celui d’une organisation du mouvement ouvrier.

Pour l’unité anti-capitaliste, pour la popularisation d’un véritable programme anti-capitaliste, pour la clarification politique

Dans notre précédent numéro et dans un tract largement diffusé jusqu’à présent, le Groupe CRI a présenté et justifié sa campagne pour des candidatures anti-capitalistes unitaires rompant clairement avec le PS et la coalition « anti-libérale » qui lui sert d’aile gauche. Cela suppose notamment que les trois principales forces d’« extrême gauche », la LCR, LO et le PT, prennent leurs responsabilités en cessant de persister dans leurs choix électoraux respectifs actuels et en s’unissant, par delà leurs divergences et leurs contentieux historiques, sur la base d’un programme anti-capitaliste commun clair et conséquent.

Cette campagne rencontre une certaine sympathie auprès d’un certain nombre de militants de LO et de la LCR — plus rarement du PT (le sectarisme de l’organisation lambertiste et les calomnies de ses dirigeants sont tels que ses militants sont plus difficilement accessibles). Toutes les initiatives de travail commun avec des militants de LO et de la LCR, voire du PT, doivent être prises à chaque fois qu’elles sont possibles, malgré la pression des directions de ces organisations pour qu’elles ne le soient pas. Cependant, il est clair que, en ce qui concerne l’élection présidentielle, la ligne des trois organisations est en train de se pétrifier à une allure accélérée, chacune n’ayant en tête que sa propre stratégie de construction et son propre renforcement. C’est pourquoi les centaines de militants de ces organisations qui seraient partisans de l’unité croient peu en sa possibilité actuelle. Mais il n’en reste pas moins que des centaines de milliers de travailleurs et de jeunes seraient intéressés, voire enthousiasmés, par une dynamique unitaire qui romprait clairement avec l’alternance droite/gauche plurielle.

La campagne pour l’unité anti-capitaliste aux élections présidentielle et législatives de 2007 doit donc se poursuivre comme une campagne de fond (popularisation d’un programme anti-capitaliste cohérent et conséquent, cf. la proposition du Groupe CRI ci-dessous) et de clarification (sur l’orientation et la nature des forces de gauche et d’extrême gauche). Car la question posée par l’attitude électorale des trois principales organisations d’« extrême gauche » ne peut être posée que comme l’un des aspect de leur attitude plus générale ; celle-ci se résume à leur incapacité à assumer leurs responsabilités historiques, plus de quinze ans après l’effondrement du stalinisme et alors que la crise générale du mouvement ouvrier rend plus que jamais possible la progression d’une orientation qui se présenterait comme une véritable alternative aux forces de la « gauche » traditionnelle. Or une telle orientation ne peut pas être celle de forces persistant dans le centrisme sclérosé, incapables de rompre le cordon ombilical qui fait d’elles, quelles que soient par ailleurs leurs qualités sur tels ou tels points, des flancs-gardes des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier (notamment des directions syndicales et du PCF). Une telle orientation ne peut être que celle du communisme révolutionnaire, non pas en suivant des considérations abstraites, à la façon des gauchistes de tout poil, mais en se concrétisant sous la forme d’un programme anti-capitaliste conséquent et cohérent, qui débouche sur la perspective du gouvernement des travailleurs par et pour eux-mêmes. S’il est vrai que cette perspective est la seule qui corresponde aux intérêts réels du prolétariat et de la jeunesse, aucune considération de soi-disant « réalisme » ou « pragmatisme » ne peut cacher la nécessité de la défendre de manière claire et systématique en toutes circonstances — et tout particulièrement lorsque l’approche d’échéances électorales importantes suscite la curiosité de larges masses envers les propositions des uns et des autres.

Propositions du Groupe CRI pour un programme anti-capitaliste commun, cohérent et conséquent

Nous republions la proposition du Groupe CRI pour un programme anti-capitaliste telle qu’elle a été formulée dans le tract, largement diffusé en octobre auprès des militants de ces organisations, des travailleurs et des jeunes, appelant la LCR, LO et le PT à s’unir pour une campagne électorale commune.

Une coalition réellement anti-capitaliste utiliserait la campagne électorale pour faire connaître massivement la perspective d’une rupture avec le capitalisme et d’une véritable alternative gouvernementale. Son programme pourrait par exemple se concentrer sur une douzaine de revendications cohérentes et conséquentes, répondant aux aspirations de la majorité… et que l’on trouve pour la plupart sous une forme ou sous une autre, à un moment ou à un autre de l’actualité, dans les programmes d’action, les journaux et les tracts de la LCR, de LO et du PT :

• Interdiction des licenciements collectifs et luttes communes immédiates pour aider les travailleurs à faire échec aux plans de licenciements par les méthodes de la lutte de classe (grèves, manifestations, solidarité matérielle avec les grévistes, occupation des entreprises…).

• Interdiction de la précarité : suppression du CNE et de toutes les lois de droite et « de gauche » qui l’ont instaurée depuis vingt-cinq ans, transformation de tous les contrats précaires en CDI ou postes de fonctionnaires selon les cas.

• Baisse générale du temps de travail pour embaucher les chômeurs et mettre fin à la précarité, sans perte de salaire, sans annualisation et sans flexibilité (abrogation des dispositions des lois Aubry sur ces points).

• Ouverture des postes à tous les concours dans les trois Fonctions publiques à hauteur des besoins.

• Augmentation générale des bas et moyens salaires, le SMIC à 1500 euros nets tout de suite, non au « salaire au mérite », échelle mobile des salaires contre l’inflation.

• Abrogation des lois Balladur et Fillon sur les retraites : retour aux 37,5 annuités pour tous, baisse de l’âge de la retraite, prise en compte intégrale des années d’études, de formation, de précarité et de chômage.

• Défense de la Sécurité sociale : non aux déremboursements, suppression des exonérations de cotisations patronales, augmentation de ces cotisations patronales à hauteur des besoins, pour le remboursement à 100 % de tous les soins et médicaments pour les assurés sociaux.

• Arrêt des attaques contre les immigrés : arrêt des expulsions, régularisation de tous les sans-papiers avec la carte de séjour de 10 ans, retrait de la loi CESEDA et de toutes les lois anti-immigrés de droite et de gauche, fermeture des centres de rétention, facilitation des procédures de naturalisation pour ceux qui le souhaitent, défense du droit d’asile.

• Retrait des réformes Fillon et Allègre-Lang contre l’école publique, de la réforme Lang contre les diplômes universitaires (LMD), etc., création des postes d’enseignants, de chercheurs et de personnels nécessaires.

• Retrait des projets de privatisation (GDF, aéroports de Paris, Poste…) et renationalisation sous le contrôle des travailleurs des entreprises privatisées, défense et développement des services publics utiles à la population (hôpitaux, écoles, poste, transports, etc.).

• Droit au logement : non aux expulsions, réquisition des logements vacants, construction massive et obligatoire de logements sociaux, réfection des logements délabrés, plafonnement des loyers.

Retrait des troupes françaises de tous les pays où elles interviennent, pas un homme, pas un sou pour les opérations impérialistes (Afghanistan, Liban, Côte d’Ivoire, etc.).

Mais ces exigences n’ont de sens que si les conditions de leur satisfaction sont indiquées clairement aux travailleurs : au cours de la campagne électorale, il faudrait dire clairement qu’elles sont directement et frontalement anti-capitalistes car elles impliquent des mesures de confiscation immédiate d’au moins une partie des pouvoirs et des profits des capitalistes. Il faudrait par conséquent dire clairement que la seule façon de les imposer est la mobilisation des travailleurs eux-mêmes, leur lutte de classe la plus résolue, incluant notamment l’exigence de contrôle des travailleurs sur les comptes des entreprises et le recours à l’arme de la grève, jusqu’à la grève générale. En s’appuyant ainsi sur les luttes des travailleurs, un gouvernement réellement anti-capitaliste serait capable de commencer à mettre en œuvre une véritable rupture avec toute la politique des gouvernements de droite et de gauche, avec le système politico-institutionnel de la Ve République et de l’Union européenne. Il s’agirait nécessairement d’un gouvernement au service des travailleurs, qui serait contrôlé par eux à tous les niveaux, avec des élus mandatés, révocables et rémunérés au niveau du salaire moyen.

Avec ce programme, cet objectif gouvernemental et un discours franc et clair, une véritable alliance anti-capitaliste permettrait indéniablement d’ « aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de revendications transitoires, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat » (Léon Trotsky, Programme de transition de la IVe Internationale).

Par groupe CRI
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 7 janvier 2007
Nos vœux à tous les Don Quichotte…

lettre de DEBAT MILITANT du courant Démocratie Révolutionnaire de la LCR / 4 janvier 2007 

La mobilisation des " sans domicile fixe " qui rencontre une large sympathie dans l'opinion impose, aujourd'hui, aux politiciens, aux médias, de reconnaître l'évidence, le recul social, l'appauvrissement, dont la question du logement est si révélatrice.
C'est le campement de tentes des Enfants de Don Quichotte avec des SDF, le long du canal St Martin à Paris, action qui est en train de s'étendre dans plusieurs grandes villes, c'est la réquisition par Droit Au Logement de 1000 m² de bureaux, pour les transformer en " ministère de la crise du logement ", qui font éclater au grand jour ce scandale.
Dans un des pays les plus riches du monde, près de cent mille personnes n'ont aucun domicile. Près d'un million logent dans des meublés, " hôtels ", cabanes, ou en camping permanent. Plus de deux millions vivent sans WC, salle d'eau, ou chauffage.
Proches de ces conditions catastrophiques, six millions de personnes sont en situation difficile : locataires avec des impayés de plus de deux mois, petits propriétaires ne pouvant plus réparer leurs logements délabrés, d'autres hébergés en dépannage chez des proches, et tous ceux qui ont des appartements trop petits, selon les critères même de l'Etat.
Cette réalité insupportable sort de l'ombre médiatique grâce à la mobilisation. Mais ces chiffres sont donnés par l'Etat lui-même. Ils sont connus de tous ceux qui font semblant de découvrir aujourd'hui l'ampleur du problème, à commencer par Chirac, Sarkozy ou Royal qui, dans leurs vœux, s'indignent de cette situation. Ils voudraient faire oublier qu'eux et leurs partis, au pouvoir depuis 25 ans, avec le patronat, portent l'entière responsabilité de cette situation.
Après avoir exprimé son mépris pour la mobilisation des SDF, qualifiée de " poudre aux yeux " par la ministre à la cohésion sociale Catherine Vautrin, le parti de Sarkozy annonce qu'il faut que " chaque Français… puisse devenir propriétaire de son logement ". Vous ne pouvez pas louer ? Achetez donc ! " Eh bien, qu'ils mangent de la brioche " disait Marie-Antoinette… En attendant, les mesures annoncées par Villepin, sous la pression de la mobilisation, révèlent le mépris du parti au pouvoir pour la population. Il faudra attendre 2012 pour qu'un vague " droit au logement opposable " s'applique, ce qui ne signifie nullement qu'il y aura un logement pour tous. Derrière des discours populistes, la politique de l'UMP va continuer de favoriser propriétaires et spéculateurs, à l'image de la nouvelle " garantie des risques locatifs " et des mesures soi-disant sociales de Borloo, qui ont débouché sur des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux promoteurs privés… et sur une réduction de près de 10 % en trois ans du nombre de vrais logements sociaux, destinés aux plus pauvres.
Dans l'opposition, Royal peut sembler plus à l'aise pour prendre une tonalité affectée : " Il est insupportable que, en 2006, il y ait tant de gens qui dorment dans la rue. " Mais l'aveu involontaire vient vite : " Chaque hiver, on fait mine de découvrir le problème qu'on s'empresse d'oublier dès le printemps venu. " (Journal du dimanche, 31 décembre 2006). Sans doute un souvenir de sa participation à un gouvernement qui avait promis d'atteindre le nombre de zéro SDF.
Les SDF en lutte ne sont pas dupes, et c'est aussi tout leur mérite que d'obliger les professionnels de la promesse électorale à prendre position publiquement.
Suite à la déclaration de Villepin, la plupart des associations annonce que ça ne fait pas le compte et qu'elles restent vigilantes. Le DAL continue de revendiquer les réquisitions, un de ses militants expliquait il y a peu " Chirac décrète. Nous, nous appliquons ". Et le DAL rappelle qu'il est " habitué aux promesses non tenues " et appelle " à une extension de la mobilisation afin qu'elle se concrétise avant les échéances électorales ". … " Nous exigeons toujours que le gouvernement réquisitionne les logements vides ".
Ni pour l'UMP, ni pour le PS, il n'est question de réquisitionner immédiatement les dizaines de milliers de logement vides existants, pas plus que de s'attaquer aux intérêts des promoteurs, et à la spéculation immobilière, directement responsables de la crise.
L'action collective contribue à déchirer un peu plus le voile, à mettre à nu la violence des injustices, et l'hypocrisie des gouvernants. Même Chirac s'aperçoit que ce " monde n'a jamais été aussi riche et aussi pauvre à la fois ". La pauvreté explose tandis que dans toutes les Bourses de la planète, on trinque aux nouveaux records de cette année 2006. Le lien est évident, l'appropriation privée des richesses par une minorité parasitaire est la cause de la crise sociale.
Face à cet égoïsme, les SDF, dont un sur trois ont un travail, par leur lutte, affirment le droit au logement. De la même façon, c'est par la mobilisation et la constitution de réseaux de solidarité, parfois clandestins, que parents et enseignants, avec le Réseau Education Sans Frontière, ont imposé cet été à Sarkozy la régularisation de milliers de sans-papiers. Au printemps, c'était la jeunesse qui, par une lutte d'ensemble, démocratique, capable d'entraîner avec elle des centaines de milliers de salariés, faisait reculer Villepin et Chirac sur le CPE, et obligeait l'Assemblée à défaire en partie sa propre loi.
C'est là notre programme, l'intervention collective et directe du monde du travail, pour ses droits, au nom de la solidarité, du droit de jouir des richesses qu'il produit, contre les intérêts privés, parasitaires, de la finance, de ceux qui au nom de leur propriété peuvent jeter à la rue des millions de gens, sans travail, sans logement.
Dans la continuité des mobilisations qui se renouvellent depuis 1995, face à ce système ravageur, impossible à réguler, l'action collective et démocratique du monde du travail se poursuit et transforme les consciences. En luttant pour les droits élémentaires, à un emploi, à un logement, à un revenu digne, l'idée que ce n'est pas dans les urnes qu'on peut changer la société gagne du terrain. C'est par les luttes qu'on pourra changer le rapport de forces, et imposer ces exigences.
Alors, tous nos vœux vont au succès de ces résistances et de ces luttes qui travaillent, patiemment, avec ténacité et obstination à changer le monde. A tous ceux qui y participent, travaillent à leur convergence, à tous ces Don Quichotte qui sont convaincus que l'avenir du monde est entre les mains des opprimés. Tous nos vœux aussi pour que la campagne d'Olivier Besancenot puisse aider à la confluence de ces mille et une forces qui sont à l'œuvre pour qu'elles deviennent un parti démocratique et révolutionnaire pour l'émancipation des travailleurs et de toute la société.

Franck Coleman

Par xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Dimanche 14 janvier 2007
texte d'un membre du courant Démocratie Révolutionnaire de la LCR


Retour sur la révolution russe et le stalinisme,
actualité du bolchevisme et de la lutte anti-bureaucratique


Avec la fin de l'URSS, une période de l'histoire du mouvement ouvrier s'est achevée. Une page a été tournée et une nouvelle commence à s'écrire dans un contexte profondément nouveau, inédit, est-il besoin de le dire.
Nous sommes donc à un moment charnière. Les militants sont devant une interrogation qui n'a aucune réponse toute faite : comment refonder un programme révolutionnaire pour aujourd'hui en intégrant l'expérience militante de la période passée ?
Quelle continuité nous est-il indispensable de maintenir avec cette période, à travers quelles ruptures ?
La période qui s'achève a connu son apogée avec la révolution russe et l'expérience irremplaçable du parti bolchevik qui a su s'intégrer consciemment à une crise révolutionnaire sans précédente pour permettre aux masses de s'emparer du pouvoir.
Mais le pouvoir issu de la révolution russe a dégénéré, une caste de bureaucrates a usurpé ce pouvoir construit par les masses sur les ruines du tsarisme. Pendant plus de 50 ans, la contre-révolution, la dictature stalinienne ont imposé leur marque à l'ensemble du mouvement ouvrier, falsifiant l'histoire du mouvement révolutionnaire, dévoyant le marxisme et les idées communistes, banalisant le recours à la violence physique au sein même du mouvement ouvrier.
Comment expliquer cette imposture du stalinisme qui a pu justifier sa dictature contre révolutionnaire tout en se revendiquant de la révolution, des idéaux du communisme ?
Comment se réapproprier l'expérience du bolchevisme en la dégageant de cette caricature abjecte ?
Notre courant, le trotskisme s'est construit à travers la lutte antibureaucratique, la lutte contre le stalinisme, ses mensonges et ses crimes, pour maintenir le drapeau révolutionnaire, tenter de faire vivre la démocratie dans le camp des exploités.
Le stalinisme emporté par l'histoire, quels enseignements pouvons-nous tirer de cette lutte antibureaucratique ? En quoi a-t-elle été féconde au point de faire aujourd'hui de notre courant un des éléments essentiels d'une renaissance du mouvement ouvrier ? Comment aujourd'hui donner toute son actualité, faire vivre tous les acquis du courant trotskiste au moment où, le carcan stalinien brisé, s'ouvre une nouvelle période du mouvement ouvrier ?
Une totale solidarité avec les révolutionnaires russes face à tous les mensonges de la propagande anti-communiste et du stalinisme est le point de départ de ce retour sur le bolchevisme, la révolution russe et la lutte antibureaucratique. C'est cette réévaluation de l'expérience passée, dans la perspective de nos tâches actuelles, qui nous permettra de nous assimiler pleinement le contenu politique vivant du bolchevisme en nous dégageant des limites que la pression du stalinisme a imposées à ses adversaires mêmes, à notre propre courant.

Le parti bolchevik, instrument de l'émancipation des travailleurs par eux-mêmes
La propagande anticommuniste falsifie l'histoire pour entretenir la confusion en assimilant stalinisme et bolchevisme. Derrière l'idée que la révolution russe portait en germe la dictature de Staline, il y a le préjugé que cette révolution, comme toutes les révolutions d'ailleurs, n'aurait été que l'œuvre d'une minorité de révolutionnaires s'emparant du pouvoir en manipulant les masses. C'est une vision manipulatrice de l'histoire proche de la vision policière de Staline.
L'histoire de la révolution russe est le démenti de cette vision. La Révolution russe est avant tout, pour reprendre l'expression de Trotski : " l'irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leur propre destinées ".
La Révolution russe est l'aboutissement du développement du mouvement ouvrier, à travers différentes périodes marquées par une série d'étapes.
L'insurrection de Juin 1848 en est la première. Pour la première fois, le monde du travail a pris conscience de lui même, de ses intérêts propres et les a défendus les armes à la main. Une trentaine d'années plus tard, avec la Commune de Paris de 1871, les ouvriers parisiens sont montés à " l'assaut du ciel " en faisant pour la première fois l'expérience du pouvoir. Avec l'Etat-Commune, ils ont su construire l'organe du pouvoir des masses, l'instrument d'une démocratie directe en brisant l'appareil bureaucratique de l'Etat de la bourgeoisie.
Dans les décennies qui ont suivi le mouvement ouvrier a pris une ampleur sans précédent, un caractère de masse. La classe ouvrière s'est organisée dans des syndicats, puis dans de larges partis politiques : les partis socialistes qui se sont regroupés à l'échelle du monde dans la deuxième internationale.
La première guerre mondiale a bouleversé la situation provoquant une brutale évolution des consciences. La guerre a entraîné l'effondrement de la deuxième internationale, l'immense majorité des dirigeants des partis socialistes ont trahi les idées internationalistes en se ralliant à l'Union sacrée. Et puis la guerre, elle-même, a dissipé dans l'esprit de millions de travailleurs toutes les illusions sur la possibilité d'une transformation progressive, pacifique du capitalisme vers le socialisme.
La guerre a mis la révolution à l'ordre du jour.
Et c'est ainsi qu'en février 1917, 4 jours d'insurrection ont entraîné l'effondrement du régime tsariste. L'insurrection a, de fait, été préparée par les luttes des années précédentes mais aucun parti, aucune organisation n'en a pris l'initiative. L'insurrection a été l'œuvre de dizaines de milliers d'anonymes qui ont décidé de prendre leur sort en main pour mettre un terme à la guerre et aux privations.
Sur les ruines du tsarisme s'est mis en place un gouvernement provisoire composé de politiciens soucieux avant tout des intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers. Jusque là, c'était le scénario de bien des révolutions du passé qui se répétait. Les masses s'étaient mobilisées pour renverser un régime honni, mais le nouveau régime mis en place ne cherchait qu'à les faire rentrer dans le rang pour maintenir l'ordre social.
Mais la différence cette fois, c'est que les masses ont continué à rester mobilisées. Les ouvriers, les soldats pour pouvoir continuer à imposer leurs nouveaux droits démocratiques conquis dans la lutte, se sont donné leurs propres organisations, les conseils ouvriers, soviets en russe. L'existence même de ces soviets qui constituaient un deuxième pouvoir à côté du gouvernement officiel créait une situation révolutionnaire. Même si, dans ces soviets, avaient été élus majoritairement des socialistes modérés qui considéraient la révolution comme terminée, qui voulaient s'en remettre au jeu de la démocratie parlementaire tout en continuant la guerre.
Dans cette situation qu'elle a été la politique des bolcheviks ?
Toute l'expérience acquise pendant les années de construction du parti bolchevik sous la dictature tsariste, pendant la révolution de 1905, comme dans les années de profond recul qui ont suivi, lui a permis de jouer un rôle déterminant dans la Révolution russe. La politique menée par le parti bolchevik pendant toute cette période reste une expérience irremplaçable pour le mouvement ouvrier.
Le soulèvement de février, comme l'organisation en soviet des soldats au front, des ouvriers dans les usines ont été spontanés au sens où ni le parti bolchevik ni aucun autre parti ne l'ont impulsé. C'est le produit de mille et une initiatives individuelles dans les casernes, au front, dans les usines. L'irruption des masses sur la scène politique a ainsi crée un mouvement social dynamique, dépassant largement le cadre des organisations ouvrières existantes en Russie. Un mouvement spontané donc incontrôlable…
Toute la politique de Lénine et du parti bolchevik visait à aider ce mouvement spontané à devenir une force consciente. Le stalinisme, pour justifier sa dictature sur les masses, a réécrit l'histoire de la révolution russe en créant le mythe du parti bolchevik dirigeant des masses qui lui obéissent à l'opposé du rapport démocratique que les bolcheviks avaient su tisser avec les masses. C'est ce rapport démocratique qui a permis aux bolcheviks d'intervenir dans un mouvement révolutionnaire de masses en s'y s'intégrant consciemment pour lui permettre d'aller jusqu'à la prise du pouvoir.
C'est à travers leur action militante que Lénine et ses camarades bolcheviks ont apporté une réponse pratique, concrète, à la question du rapport entre les masses en lutte et le parti révolutionnaire. Le bolchevisme est l'expression de toute cette expérience politique militante unique.
Les bolcheviks ont pu le faire parce que le parti bolchevik était un parti populaire profondément lié aux masses, avec de nombreux militants dans les usines, les quartiers populaires, au front, qui vivaient de l'intérieur les évolutions de consciences en cours.
Mais surtout le parti bolchevik a pu jouer son rôle parce qu'il a osé penser son intervention politique du point de vue de la perspective de la révolution. Et il a été le seul même s'il n'était pas le seul parti se revendiquant de la révolution.
D'ailleurs, dans la direction même du parti bolchevik, il y a eu une période d'hésitation. Au lendemain de l'insurrection de février, Lénine était encore en exil, Trotski était encore en marge du parti bolchevik, et la première attitude des dirigeants bolcheviks, dont Staline, a été d'apporter tout son soutien au gouvernement provisoire, provoquant d'ailleurs la colère de bien des militants bolcheviks. Dans une situation qui avait un caractère révolutionnaire parce que les masses occupaient le devant de la scène, le premier réflexe des principaux dirigeants du parti bolchevik a été de s'incliner devant l'autorité officielle en place. La ligne de partage était pourtant là : soit s'incliner devant le gouvernement provisoire, soit s'appuyer sur la mobilisation des masses, et donc les aider à s'organiser dans les soviets pour aller jusqu'à la prise réelle du pouvoir.
Après ces quelques hésitations, toutes les forces du parti bolchevik ont tendu vers ce seul but : utiliser les libertés conquises en février pour permettre aux plus larges masses de faire leur expérience jusqu'à la conscience de la nécessité d'exercer elle-même directement le pouvoir à travers la démocratie soviétique. Cette politique du parti bolchevik va permettre pour la première fois de donner un contenu concret à la formule de Marx, " l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ".
Dans les quartiers, dans la flotte, les militants bolcheviques expliquaient, discutaient, convainquaient à la lumière des événements. Ils expliquaient pourquoi il ne fallait donner aucun soutien au gouvernement provisoire allié des capitalistes et des propriétaires fonciers. Et effectivement tout le monde pouvait vérifier que ce gouvernement poursuivait la guerre et refusait de faire une réforme agraire pour donner la terre aux paysans. L'entrée de ministres socialistes modérés, mencheviks et socialistes révolutionnaires, dans le gouvernement provisoire n'avait rien changé à sa politique.
Au fil des mois, les illusions sur le gouvernement provisoire et la confiance dans les partis socialistes modérés tombèrent. Peu à peu, avait mûri la conscience parmi les soldats, les paysans et les ouvriers que pour résoudre les problèmes il fallait prendre directement les choses en main. En août 1917, les bolcheviks étaient majoritaires dans les soviets des plus grandes villes comme Moscou et Petrograd sur le mot d'ordre " tout le pouvoir aux soviets ".
Parce qu'il était réellement lié à la classe ouvrière, le parti bolchevik a dans ces moments cruciaux, été capable de prendre la mesure des différents rythmes d'évolution des consciences entres les grandes villes et le reste du pays. Cela lui a permis d'aider les masses à y voir clair malgré les campagnes de calomnies, à ne pas céder aux provocations qui risquaient de se terminer par un bain de sang et même d'empêcher une tentative de coup d'état.
Dans les soviets, la nécessité de renverser le gouvernement provisoire afin de remettre le pouvoir aux soviets a été discutée et mis au vote par les militants bolcheviks. A travers toute la Russie, les bolcheviks sont devenus majoritaires. La préparation militaire de l'insurrection s'est faite au grand jour sous la direction du Comité militaire révolutionnaire placé sous les ordres du soviet de Petrograd dont Trotski était président. Seul restait secret le jour fixé pour l'insurrection, le 25 octobre. Ainsi la révolution d'octobre loin d'être un simple coup d'état, même si elle a pris une forme militaire, a été l'acte conscient et volontaire par lequel de larges masses se sont données les moyens de réaliser dans les faits leurs aspirations. L'insurrection a triomphé facilement, le gouvernement provisoire n'ayant quasiment plus aucun soutien dans la population.
La force et le caractère révolutionnaire du nouveau pouvoir issu de l'insurrection d'octobre résidaient dans le fait qu'il était réellement démocratique. Cette démocratie ne reposait pas sur le respect formel d'une constitution aussi démocratique soit-elle mais sur une profonde confiance dans les masses et la volonté de s'en remettre à leur initiative, de les encourager. En réalité, les premières mesures prises par le nouveau pouvoir consistaient à décréter légales toutes les initiatives prises par en bas.
Les décrets sur la paix, la terre, le droit des peuples étaient avant tout un encouragement à l'intervention directe des masses dans la vie sociale. Ce sont les soldats qui imposèrent la Paix en fraternisant avec les soldats allemands quitte à fusiller leurs propres officiers, ce sont les paysans qui s'organisèrent pour prendre et se partager les terres des grands propriétaires. La révolution tirait sa force de cette intervention collective de millions de soldats, de paysans et d'ouvriers, et c'est justement ce caractère profondément révolutionnaire et démocratique qui horrifie les classes dirigeantes encore aujourd'hui.
Les " démocrates " d'aujourd'hui reprochent aux bolcheviks d'avoir dissous l'Assemblée constituante. Ils ne voient la démocratie que dans le respect du formalisme parlementaire. Mais le parlementarisme n'a d'autre fonction que de mettre en place une représentation élue qui mette le pouvoir réel de la bourgeoisie à l'abri des aléas de la vie politique et du suffrage universel. En aucune façon, ce parlementarisme codifié, verrouillé ne peut-être un instrument d'exercice du pouvoir par les masses. Et dans les révolutions du passé le respect du parlementarisme a souvent été le moyen de confisquer le pouvoir aux masses pour le remettre aux politiciens de la bourgeoisie. En Russie, la dissolution de l'Assemblée Constituante a permis de mettre en place à travers le pouvoir des soviets une réelle démocratie directe… sur le principe de l'Etat-Commune de 1871.

Les causes de la dégénérescence : le " pronostic fondamental du bolchevisme "
Au lendemain de l'insurrection d'octobre, dans quelle perspective se plaçaient les bolcheviks ?
Certainement pas dans celle de construire le " socialisme dans un seul pays ".
Les bolcheviks étaient convaincus que les conditions particulières du tsarisme avaient permis la première victoire de la Révolution en Russie parce qu'elle était en quelque sorte le " maillon faible " des puissances impérialistes. Mais conscients de l'arriération de la Russie, ils savaient qu'isolée, leur révolution n'avait aucune chance de survie, comme la Commune de Paris en 1871.
Pour eux, la victoire de la révolution russe n'était que la première étape d'une révolution mondiale, en train de se développer avec la fin de la guerre. Ils avaient la certitude que sans victoire plus ou moins rapide de la révolution dans un pays plus moderne comme notamment l'Allemagne, l'Etat ouvrier ne se maintiendrait pas en Russie. Ainsi, dès le lendemain de la révolution, Lénine écrivait : " Sans révolution en Occident, le bolchevisme sera liquidé, soit par la contre révolution interne, soit par l'intervention étrangère, soit par leur combinaison. "
Il y a bien eu une vague révolutionnaire qui a balayé l'Europe à la fin de la guerre. Partie de Russie la révolution s'est propagée en l'Allemagne en Hongrie, en Bavière, les mouvements ouvriers en Europe mais aussi en Orient ont connu alors un essor sans précédent.
Parce qu'ils se plaçaient dans la perspective d'une révolution mondiale, les bolcheviks ont appelé en 1919 à la fondation d'une nouvelle internationale : la IIIème Internationale, l'Internationale Communiste. Elle se donnait pour objectif de devenir le parti mondial de la révolution. Dans une soixantaine de pays, des minorités révolutionnaires ont alors rompu avec les partis socialistes compromis dans la guerre pour fonder de nouveaux partis : les Partis communistes.
Parce qu'elle était la première étape d'un combat à mort entre la bourgeoisie et la classe ouvrière à l'échelle du monde, la révolution russe a déchaîné contre elle la haine des classes dominantes de tous les pays. Rapidement les grandes puissances, appuyées de l'intérieur par des armées blanches contre-révolutionnaires, ont attaqué la république soviétique, provoquant une guerre civile qui a duré de 1918 à 1921 mettant le pays à feu et à sang.
En Russie même, tous les partis, de ceux de la bourgeoisie jusqu'aux mencheviks et socialistes révolutionnaires, se sont ralliés à la contre-révolution. Les bolcheviks sont devenus rapidement le seul parti à assumer la responsabilité du pouvoir sovietique.
Pour tenir dans cette " citadelle assiégée " qu'était alors la Russie révolutionnaire, les bolcheviks ont dû mobiliser toutes les énergies, toutes les forces et prendre des mesures d'exception : comme la réquisition de la nourriture pour alimenter le front et l'interdiction des partis. Ce communisme de guerre n'était certainement pas le programme communiste mais des mesures d'urgence pour faire face à une situation catastrophique….
Certains voient dans ces mesures d'exception des erreurs qui auraient favorisé la victoire de Staline et de la bureaucratie.
Mais pour mesurer les conséquences de telles ou telles décisions des révolutionnaires russes, il faut comprendre les réels rapports de forces entre les classes qui ont conditionné l'arène du combat et la marge étroite qui leur était laissée. D'ailleurs lucides, les bolcheviks se considéraient eux-mêmes comme un des facteurs de l'histoire, son facteur conscient, facteur très important mais pas le seul. Le facteur décisif restait le déroulement même de la lutte de classe à l'échelle internationale. Nombre de décisions leur étaient imposées par les circonstances même du combat, et on ne peut que se sentir solidaire d'eux qui, contrairement aux autres organisations socialistes, se sont battus jusqu'au bout, en utilisant toutes les armes possibles dont ils disposaient.
Les mesures prises pendant le communisme de guerre constituaient des reculs par rapport à la démocratie soviétique, reculs imposés par le combat mais qui étaient, malgré la volonté des révolutionnaires, autant de points d'appuis dans le développement de la bureaucratie. Et c'est pour cela que le stalinisme a fait la théorie de certaines de ces mesures indépendamment des circonstances qui les avaient rendues indispensables pour sauver la Révolution.
Ces mesures d'exception, en permettant de mobiliser toutes les énergies dans une situation désespérée, ont permis de mettre en échec l'intervention des grandes puissances et de sauver la Russie révolutionnaire. Mais les années de guerre avaient épuisé, désorganisé, affaibli le pays qui n'était plus qu'un champ de ruines. Et le pire c'est que la Russie révolutionnaire se retrouvait seule et isolée, ramenée à ses seules forces. Car partout la vague révolutionnaire avait échoué, notamment en Allemagne, où les dirigeants du jeune parti communiste, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, avaient été assassinés avec la complicité du parti socialiste.
Après les années de lutte et de mobilisation des masses qui avaient permis l'instauration de la République des soviets, le recul allait être très profond. L'épuisement des masses à travers la guerre civile avait, de fait, entraîné un recul de la démocratie soviétique, un recul dans la capacité des masses à intervenir consciemment sur la scène politique. Le pouvoir révolutionnaire restait donc comme paralysé, les masses ayant déserté les soviets, dans un pays ravagé où montaient irrésistiblement des forces sociales hostiles se sentant encouragées par le reflux révolutionnaire. Pour Lénine, il s'agissait avant tout de tenir, de préserver ce qui avait été acquis avec la conviction que l'issue ne pourrait venir que d'une remontée des luttes à l'échelle internationale.
C'est sur la base de ce recul, de l'épuisement du mouvement révolutionnaire et de l'isolement de l'URSS qu'une caste de bureaucrates a, peu à peu, gangrené le pouvoir révolutionnaire et le parti bolchevik lui même. Ces bureaucrates étaient issus de l'ancien régime mais aussi des menchéviks et des socialistes révolutionnaires ralliés à l'Etat ouvrier victorieux après l'avoir combattu au pire moment de la guerre civile.
Quelle est l'origine de cette bureaucratie ? Comment a-t-elle pu s'imposer ?
Le phénomène bureaucratique n'est bien évidemment pas apparue au lendemain de la révolution russe. La bureaucratie existait sous le régime tsariste comme dans tous les pays d'ailleurs même si en Russie du fait de l'arriération sociale, elle avait pris des proportions gigantesques ! Dans toutes les sociétés, la bureaucratie naît de la nécessité d'administrer l'économie parce que le niveau de développement et de conscience, les rapports de classes, ne permettent pas que les masses exercent collectivement leur contrôle démocratique. Elle joue en quelque sorte le rôle du gendarme qui impose le respect de la loi quand la société est dominée par " la lutte pour l'existence individuelle ".
La bureaucratie se retrouve dans tout appareil administratif qui se substitue au contrôle démocratique des masses.
Elle est omniprésente dans la société divisée en classe car c'est à travers elle que les intérêts des classes dominantes minoritaires s'imposent à toute la société. Elle est le produit d'un ordre social dont toute l'idéologie vise à faire accepter leur sort aux masses entraînant la soumission devant l'autorité institutionnalisée de l'Etat, mais aussi du parti ou d'un syndicat.
La lutte anti-bureaucratique fait partie intégrante du combat des révolutionnaires, puisque tout notre combat vise à appeler les opprimés à prendre en main leur organisation, leur lutte et finalement toute la vie sociale. Et c'est même cela être révolutionnaire, ne compter que sur la capacité des masses à balayer la bureaucratie étatique par leur propre organisation consciente, en se libérant de la peur de l'autorité, des conformismes sociaux qui poussent à la résignation.
L'intervention consciente des masses russes dans la révolution avait un caractère profondément antibureaucratique, en commençant à instaurer un réel contrôle démocratique sur la vie sociale. Mais cette dynamique a été brisée par la guerre civile et l'isolement de la Russie, permettant le retour de " tout le vieux fatras".
En l'absence de cette intervention consciente des masses, la réorganisation de toute la vie sociale ravagée par les années de guerre s'est faite à travers un appareil qui tirait un pouvoir et quelques privilèges de sa fonction même. Cette bureaucratie a constitué une nouvelle caste de privilégiés qui ont peu à peu pris conscience de leurs intérêts.
Dans la situation dans laquelle était la Russie au sortir de la guerre civile, avec le parti bolchevik concentrant tout le pouvoir, ce développement de la bureaucratie s'est réfracté dans une lutte au sein même du parti bolchevik et de sa direction.
Les masses ne pouvant plus exercer leur contrôle, la bureaucratie s'est retournée contre elles pour garantir ses privilèges à travers une véritable guerre civile.

La lutte antibureaucratique de l'opposition de gauche : bolchevisme contre stalinisme
C'est avec une claire compréhension des dangers de dégénérescence menaçant l'Etat soviétique mais aussi le parti bolchevik que dès 1922, Lénine parle de : " déformation bureaucratique de l'Etat ouvrier ". Il en fera son dernier combat jusqu'à sa mort en 1924. Mais déjà malade, Lénine ne pourra réellement mener cette bataille. Avec Trotski, ce sont donc les deux principaux dirigeants de la Révolution Russe qui décident de lutter contre la bureaucratisation du parti et de l'Etat. Mais cela ne sera pas suffisant pour enrayer les pressions sociales qui s'exercent sur le jeune état ouvrier.
Ces pressions sociales se font sentir jusqu'au sommet du parti bolchevik. Ainsi, début 1923, au sein de la direction du Parti bolchevik se constitue une alliance secrète, la Troïka entre Zinoviev, Kamenev deux des principaux dirigeants bolcheviks et Staline, dans le but d'isoler Trotski.
Derrière cette volonté d'écarter Trotski, s'exprime l'hostilité croissante à l'idée de continuer à mobiliser toutes les énergies dans la perspective d'une reprise de la révolution et l'aspiration à souffler après les terribles années de la guerre civile. Cette hostilité qui n'ose pas s'affirmer contre Lénine, de part son poids moral sur le parti, ne se gène pas contre Trotski qui a rejoint le parti bolchevik pendant la révolution. Cela se traduit bientôt par une campagne contre lui. Intrigues, manoeuvres d'appareil et discussions de couloir dressent contre lui les cadres historiques du parti.
En janvier 1924, Lénine meurt. Après avoir mis son corps embaumé sous un mausolée, la propagande officielle lui livre un véritable culte, faisant de sa pensée vivante, pragmatique un dogme mort. C'est à cette époque que la bureaucratie invente le léninisme, le Marxisme-léninisme à coup de phrases et de formules toutes faites et sans contenu qu'elle oppose à une autre de ses inventions, le trotskisme.
Pour isoler encore plus Trotski et l'opposition qui se regroupe autour de lui, la bureaucratie fait entrer de Février à Mai 1924, 240 000 ouvriers, c'est la promotion Lénine. Ces nouveaux venus sans traditions, ni formation qui rejoignent un parti bien installé au pouvoir, sont en réalité une base d'appui pour la bureaucratie. La vieille garde bolchevique ne forme plus alors qu'une infime minorité du parti bolchevik qui selon l'expression de Victor Serge est devenu : " un parti de masse d'ouvriers arriérés dirigés par des bureaucrates parvenus ".
La lutte au sommet du parti bolchevik est souvent présentée comme une lutte de succession après la mort de Lénine, une lutte personnelle pour le pouvoir entre Staline et Trotski. Mais ce combat opposait en réalité les militants restés fidèles au programme révolutionnaire, à la volonté de s'appuyer sur l'intervention consciente des masses et ceux qui, comme Staline, n'allaient être que l'expression de forces sociales hostiles à la révolution, et qui chercheront à liquider le programme révolutionnaire.
Staline représentait, selon Trotski, " la plus éminente médiocrité du parti ".
Militant de la vieille garde, Staline pendant les années de Révolution, puis pendant la guerre civile était resté à l'arrière plan, et il ne pouvait qu'en être ainsi tant que le parti reposait sur les liens d'idées, sur la conscience. Car Staline, méprisant les idées, restait avant tout un homme d'appareil, dont l'intrigue, la conspiration, les manoeuvres étaient l'élément. Personne et pas même lui n'aurait alors imaginé qu'il allait devenir le dictateur de l'URSS. Si Staline a pu prendre possession du pouvoir, ce n'est pas grâce à ses qualités personnelles mais bien plutôt parce qu'il a été le jouet de forces sociales qui le dépassaient largement.
Staline était certainement davantage préoccupé par le pouvoir que lui donnait sa position que par la perspective de la révolution. Cherchant à s'attacher des fidélités aux différents niveaux de l'appareil, il les trouva tout naturellement auprès de toute cette nouvelle génération de carriéristes qui avaient envahis le parti. La mainmise de Staline sur l'appareil du parti ne l'a conduit au pouvoir que parce que la bureaucratie en Russie a fini par s'imposer au jeune Etat ouvrier.
Le stalinisme a pu se nourrir des défaillances individuelles des militants bolcheviques, il s'est renforcé en s'appuyant sur l'aspiration à souffler, sur cet esprit d'adaptation qui entraîne le désintérêt pour la lutte d'idées, les petits compromis quotidiens qui, par passivité, conduisent au reniement. Il se faisait ainsi l'expression de forces sociales hostiles à la révolution, d'une caste de bureaucrates pour qui la poursuite ou la reprise éventuelle de la révolution était perçue comme une menace pour la petite sécurité matérielle qu'ils avaient réussi à conquérir.
Les révolutionnaires de l'opposition de gauche, eux, ne pouvaient compter que sur un réveil de la combativité des masses et donc ils luttaient, avant tout, sur le plan des idées en s'adressant à la conscience, à l'esprit d'initiative, à la volonté des militants, de s'arracher au poids des pressions sociales et au conformisme ambiant.
L'issue de ce combat entre les révolutionnaires et la bureaucratie dépendait, avant tout, du rapport de forces entre la révolution et la contre révolution, entre la classe ouvrière et la bourgeoisie à l'échelle du monde. Tout recul de la révolution ne pouvait que renforcer la bureaucratie et au contraire seule une nouvelle crise révolutionnaire aurait pu remobiliser la classe ouvrière russe en lui redonnant l'espoir de sortir l'URSS de son isolement. Mais la mainmise de la bureaucratie sur l'Etat ouvrier comme sur l'internationale allait constituer un obstacle de plus en plus grand à cette perspective révolutionnaire.

Conséquence de la victoire du stalinisme

Ainsi dès le lendemain de la mort de Lénine, Staline, en rupture complète avec l'internationalisme des bolcheviks annonçait qu'il s'agissait désormais de construire : " le socialisme dans un seul pays ". Cela traduisait le renoncement de la bureaucratie stalinienne à la perspective de la révolution mondiale. Tout au contraire, elle recherchait l'appui de forces sociales extérieures à la classe ouvrière : commerçants dans les villes, paysans enrichis dans les campagnes. Pendant plusieurs années le mot d'ordre " Koulaks enrichissez-vous " allait servir de base de la construction du socialisme " à pas de tortue ".
Mais ces classes sociales, profondément hostiles à la révolution, en se développant ainsi avec l'aide de la bureaucratie stalinienne vont finir par menacer l'existence même de l'Etat soviétique, en pesant de tout leur poids pour le rétablissement du capitalisme.
A partir de 1928, la bureaucratie dut s'attaquer à ses alliés de la veille, opérant un virage à 180°, elle se lança alors dans la collectivisation forcée des campagnes au nom de " l'élimination des koulaks en tant que classe ", et dut mobiliser toutes les énergies pour une industrialisation forcenée du pays.
Incapable de concevoir une orientation politique dans la durée, le stalinisme a toujours eu une politique tant nationale qu'internationale en zigzags, opérant régulièrement des virages à 180°, à chaque fois que son aveuglement l'avait conduit au bord du gouffre. D'où l'instauration du mensonge officiel, de la réécriture permanente de l'histoire pour justifier les virages de la ligne officielle, pour approuver aujourd'hui ce qui était condamné la veille.
Pourquoi une telle incohérence politique de la part du stalinisme ?
Derrière l'incohérence, il y a la situation sociale particulière de la bureaucratie, caste de parvenus ayant usurpée le pouvoir des masses. Les privilèges et le pouvoir de la bureaucratie reposaient sur sa position à la tête d'un Etat issu d'une Révolution ouvrière. Toutes les aspirations de la bureaucratie stalinienne l'opposaient à la classe ouvrière et elle cherchait en permanence à s'appuyer sur des forces sociales étrangères à la Révolution mais, malgré tout, son sort restait lié à l'existence même de l'Etat ouvrier. Et elle a dû tant bien que mal le défendre, pendant des décennies, contre un rétablissement du capitalisme.
Bien sûr, une telle situation ne pouvait pas durer éternellement, déjà Trotski en 1936 expliquait que la bureaucratie ne pourrait pas stabiliser son pouvoir en tant que classe et que soit elle finirait par être emportée par une remontée des luttes ouvrières révolutionnaires, soit elle finirait emportée par la contre-révolution. Trotski envisageait une évolution rapide, mais il était convaincu que même si la bureaucratie devait parvenir à maintenir un statu quo pendant plusieurs décennies, l'URSS évoluerait soit vers un rétablissement du capitalisme soit vers une reprise en main des soviets par la classe ouvrière. C'est ce long processus contre-révolutionnaire qui s'est achevé avec la fin de l'URSS dans les années 90.
L'émergence de la bureaucratie en URSS a eu des répercussions sur l'ensemble du mouvement ouvrier à travers l'Internationale communiste et l'ensemble des partis communistes.
Le stalinisme est devenu, involontairement d'abord puis de plus en plus consciemment, un des facteurs de l'échec d'une série de crises révolutionnaires qui chacune aurait pu ouvrir la perspective de sortir l'URSS de son isolement. Le stalinisme a d'abord paralysé les révolutionnaires faisant échouer des crises révolutionnaires comme en Allemagne en 1923, ou en Chine en 1927. Puis à partir des années 30, la bureaucratie a joué un rôle ouvertement contre révolutionnaire comme en 1936 en Espagne où les staliniens ont contribué à désarmer et assassiner les révolutionnaires espagnols au moment de la guerre civile contre Franco.
Chacune de ces crises avait été pour Trotski et l'opposition de gauche un point d'appui pour remobiliser les énergies, imposer le débat, dénoncer l'imposture stalinienne, formuler une politique révolutionnaire. Mais chacune de ces défaites, tout en confirmant la justesse de leurs critiques contre le stalinisme, ne faisait qu'accentuer le recul, augmenter la démoralisation et donc affaiblir le camp des révolutionnaires.
A chacune de ces défaites, les révolutionnaires ont été davantage isolés. Au lendemain de la crise de 27, ils sont exclus du parti, arrêtés et déportés, avant d'être physiquement éliminés dans les camps dans les années 30.
C'est par la terreur que le stalinisme a fait taire et éliminer l'opposition révolutionnaire.
Et une des pires conséquences du stalinisme est certainement le massacre de toute la génération des bolcheviks ayant participé à la révolution et à la guerre civile et n'ayant pas abdiqué dans la période de recul qui a suivi. Cela représentait un capital humain, une expérience irremplaçable que Staline craignait par dessus tout, car leur seule existence était la preuve vivante de son imposture et des mensonges de sa propagande.
Entre le stalinisme et le bolchevisme, il n'y a pas seulement un cynique mensonge, il y a aussi un fleuve de sang. Trotski soulignait l'incompatibilité, non seulement politique, mais aussi directement physique du stalinisme et du bolchevisme.
Le stalinisme a réussi à couper le courant révolutionnaire du mouvement ouvrier réel : physiquement d'abord par la terreur stalinienne, mais aussi politiquement, en continuant à se présenter aux yeux des masses du monde entier comme l'héritier de la révolution russe et du bolchevisme.
Cette mainmise du stalinisme sur le mouvement ouvrier a été pendant des décennies un des principaux facteurs contre-révolutionnaires, contribuant finalement à stabiliser l'impérialisme. Ainsi le stalinisme a contribué à dévoyer le mouvement de masses révolutionnaires des peuples qui a balayé les empires coloniaux au lendemain de la seconde guerre mondiale, en le maintenant dans l'impasse du nationalisme. Mais aussi la bureaucratie stalinienne s'est directement chargée de jouer le gendarme contre les peuples dans sa zone d'influence en écrasant les révoltes populaires en Allemagne de l'Est en 1953, en Hongrie en 1956, en Tchécoslovaquie en 1968 ou en Afghanistan en 1979.

Actualité de la lutte anti-bureaucratique : Quel bilan de l'expérience bolchevique ?
Notre courant, le trotskisme, s'est construit à travers la lutte contre le stalinisme.
En menant ce combat, Trotski et ses camarades, ont permis de faire vivre les idées du marxisme révolutionnaire, en tant que théorie de la lutte d'émancipation des travailleurs par eux-mêmes.
Car loin de la caricature stalinienne du parti tout puissant, à la base du bolchevisme il y a avant tout la lutte pour la plus large démocratie. Toute l'intervention du bolchevisme a visé à rendre le mouvement spontané des masses conscient de lui-même, en étant partie prenante de son combat.
La mise en œuvre de la théorie révolutionnaire ne vise pas à faire de chaque décision une règle infaillible, bien au contraire, le bolchevisme s'est caractérisé avant tout par son pragmatisme, sa capacité à apporter des réponses concrètes en fonction des situations. Et il est important de comprendre ce qui est le fond, le but de la politique des bolcheviks et les différentes réponses qu'ils ont apportées au cours d'une période extrêmement riche en situations nouvelles.
C'est le stalinisme qui a fait du bolchevisme un dogme, en théorisant la nécessité du parti unique, centralisé, discipliné, guide des masses. C'est le stalinisme qui a fait du " centralisme démocratique ", un régime de caserne qui a servi à museler toute réelle vie démocratique, par les manœuvres d'appareil voire la violence la plus extrême. En rupture avec tout ce qui avaient été les traditions du mouvement ouvrier jusque là, le stalinisme a introduit cette conception anti-démocratique qu'il s'agit de bien " diriger les masses " plutôt que les aider à lutter consciemment.
Pour Lénine, le parti est au cœur même des masses.
Se réapproprier toute la richesse de l'expérience bolchevique, c'est nous-mêmes nous dégager des limites de notre propre courant, et avoir conscience que le courant trotskiste qui a maintenu un héritage politique à l'ombre du stalinisme en a, de fait, subi la pression. Le fait d'avoir été contraint d'exister hors des masses lui a imposé un cadre étroit. Personne n'échappe aux conditions objectives.
Les différentes organisations ont tenu comme elles le pouvaient, chacune défendant ce qu'elle pensait être l'héritage du bolchevisme, de la révolution russe, du trotskisme mais cet héritage hors de la confrontation concrète avec le mouvement social à travers une riche et vivante démocratie, a tendance à prendre un contenu formel. Chaque groupe a finalement fait la théorie de lui-même, défendant ce qui était ses propres dogmes contre ceux des autres groupes, alimentant ainsi le sectarisme qui divise. Ce cadre étroit du gauchisme qui a été imposé par les circonstances, explique la difficulté pour le courant révolutionnaire de réellement faire revivre une expérience politique construite dans le feu de l'action des masses, dans le feu de la révolution.
Mais maintenant que le stalinisme est mort, ce cadre étroit a volé en éclat et les révolutionnaires se retrouvent dans une arène bien plus large pour intervenir dans la lutte sociale.
Et la question centrale qui nous est posée reste celle de la démocratie. Pas bien sûr au sens étriqué du respect des institutions de la démocratie parlementaire bourgeoisie, mais de la réelle démocratie révolutionnaire dont le but est la mobilisation et l'organisation des masses travailleuse pour la défense de leurs intérêts et la conquête du pouvoir. Cela implique de penser toute notre intervention dans une perspective révolutionnaire, démocratique et donc anti-bureaucratique.
Cela pose le problème de quel parti révolutionnaire il nous faut construire. Et bien sûr cela nous renvoie au parti bolchevik. Car le parti bolchevik a été le premier parti à permettre aux masses de prendre et d'exercer elles-mêmes le pouvoir, il a été l'instrument de la seule révolution ouvrière victorieuse. Les bolcheviks sont les seuls dont on puisse dire : " Ils ont osé ! ".
D'où l'importance de la discussion sur ce qu'était réellement le parti bolchevik et ce qu'était le fond de sa politique. Et cela veut dire revenir sur la mystification que le stalinisme a fait de " Que faire ? " qui a trouvé un certain écho jusque dans le courant trotskiste comme les étranges mises en œuvre de la conception du centralisme démocratique.
A l'époque de la construction du parti bolchevik, Lénine défendait dans une brochure, " Que faire ? ", des mesures centralisatrices car c'était la façon la plus efficace pour organiser le plus largement possible des ouvriers dans les conditions de la dictature tsariste. Son but était de construire une organisation centralisée de militants suffisamment aguerris, professionnels et donc capable d'échapper à la répression pour structurer un réseau beaucoup plus large d'ouvriers.
La clandestinité, le centralisme étaient imposés par les conditions mêmes de la dictature avec tout ce que cela implique de contraintes mais le but était, dans ces conditions, de créer des rapports politiques démocratiques avec les masses.
Vouloir appliquer à la lettre ce que Lénine préconisait comme tactique en 1903 sous le régime de la dictature tsariste, n'a pas de sens et ne peut qu'aboutir au résultat inverse de celui voulu par Lénine. Au lieu d'élargir l'intervention des révolutionnaires comme cela a été le cas en Russie, considérer Que faire ? comme un modèle ne peut aujourd'hui qu'entretenir des réflexes élitistes voire de sectes et isoler les révolutionnaires au moment où leurs idées trouvent un nouvel écho.
Le stalinisme a fait du parti bolchevik un modèle en dénaturant au passage ce qu'il était réellement pour mieux imposer sa mainmise sur tous les partis communistes. Il n'y a pas de modèle, mais par contre il est important de nous imprégner de ce qu'était la philosophie militante du parti bolchevik, car c'est cette philosophie qui lui a permis d'intervenir dans la révolution.
Les militants bolcheviks étaient profondément attachés aux idées. Ils avaient la volonté inébranlable de s'approprier le meilleur de la culture de leur temps, de la transmettre autour d'eux. A la base des rapports démocratiques entre le parti bolchevik et les masses, il y avait le plein engagement dans le combat conçu comme une liberté de quelques milliers de bolcheviks. Ces militants avaient le souci permanent d'élever, avec rigueur, dévouement, abnégation, et professionnalisme le niveau de conscience par le débat d'idées comme la lutte politique ou le combat social, animés de la conviction que les idées sont autant d'armes dont les masses s'emparent pour elles-mêmes. Toute la philosophie militante des bolcheviks visait ce but : rendre les masses conscientes de leur propre rôle pour qu'elles deviennent actrices de leur propre émancipation, qu'elles fassent pleinement de la politique, leur politique.
C'est cette même philosophie militante qui a été celle des militants bolcheviks qui se sont battus avec Trotski contre le stalinisme envers et contre tout.
Le combat anti-bureaucratique de Trotski et de ses camarades était totalement dans la continuité de la politique des bolcheviks. Du mot d'ordre " tout le pouvoir aux soviets " à la lutte anti-bureaucratique contre le stalinisme il y a une profonde continuité… Celle du combat pour la démocratie révolutionnaire.
Cette philosophie anime tout notre combat, notre propre activité. Car au delà du caractère exceptionnel, dramatique du stalinisme et de la dégénérescence de la Révolution, des conditions mêmes du mouvement ouvrier russe, il y a des comportements politiques qui sont le propre de tout appareil qui défend des intérêts propres différends de ceux des masses.
Notre programme intègre ces enseignements de la lutte antibureaucratique dans l'ex-URSS mais aussi contre les appareils staliniens en occident ou ailleurs.
Tous les jours, dans les appareils syndicaux ou politiques, les militants révolutionnaires ont le souci de combattre toutes les entraves que la routine oppose à une réelle démocratie ouvrière. C'est-à-dire la méfiance vis-à-vis des masses, la volonté d'en passer par des appareils reconnus plutôt que de s'en remettre à l'auto-organisation des salariés.
Créer les conditions d'une véritable démocratie passe par le combat quotidien pour affronter les conformismes sociaux qui existent au sein du mouvement ouvrier, surmonter le manque de confiance des travailleurs eux-mêmes, leur manque d'habitude et de pratique de la vie politique et démocratique. La démocratie que nous défendons n'est pas tant le respect de règles formelles mais l'appel permanent à prendre ses affaires en main, à être acteur de sa vie. C'est dans ce combat que réside l'anticonformisme des révolutionnaires contre le conformisme social des appareils.
Il y a une unité entre ce combat et les mesures d'urgence sociale et démocratique que nous défendons et qui impliquent que le monde du travail exerce son contrôle sur toute la vie sociale. Car l'aboutissement de ce contrôle, c'est la remise en cause de la propriété qui est le principal obstacle à l'application d'une véritable démocratie dans le domaine de l'économie.
Par quelles voies et quels moyens une telle démocratie pourra-t-elle se mettre en place ?
La Commune de Paris a apporté une première réponse concrète à la question de savoir comment les opprimés pourraient exercer le pouvoir. Elle a montré que les masses ne pouvaient utiliser tel quel l'Etat de la bourgeoisie mais qu'elles devaient instaurer le leur : l'Etat-Commune, instrument d'une démocratie directe reposant sur l'exercice direct du pouvoir, législatif et exécutif par les masses.
La révolution soviétique de 1917 a fait pour la première fois de ce principe vivant le fondement de son Etat.
Dans les deux cas, malgré les limites imposées par le rapport de force avec la bourgeoisie et l'immaturité des conditions, les masses ont montré tout ce dont une véritable démocratie directe, imposée par la lutte, était porteuse.
La Commune a été écrasée par les Versaillais mais en quelques semaines les communards ont démontré dans les faits que l'Etat-Commune était un formidable levier pour une transformation de la société en fonction des intérêts du monde du travail.
L'émancipation politique permise par la Révolution de 1917 et la démocratie soviétique n'ont pu déboucher sur une réelle émancipation sociale, économique à l'échelle de toute la société, parce qu'elles sont restées enfermées dans les frontières d'une Russie arriérée et ravagée à cause de la guerre civile et des trahisons des sociaux-démocrates.
Malgré cela, les bolcheviks ont su par leur politique, en s'intégrant pleinement au mouvement social révolutionnaire, permettre aux masses d'arriver à la conscience de la nécessité d'exercer elles-mêmes le pouvoir pour prendre en main toute la vie sociale.
Cela leur a été possible parce que le parti bolchevik était un parti révolutionnaire lié aux masses par les liens de la démocratie.
Nous faisons notre cette philosophie des militants bolcheviks qui repose sur une profonde confiance dans les masses et dans la lutte d'idées, sur la volonté d'être l'instrument de l'émancipation des travailleurs par eux-mêmes. Cela suppose une grande rigueur, du dévouement, du professionnalisme et le plein engagement dans le combat, toutes ces qualités qui faisaient des bolcheviks, selon l'expression de Lénine les jacobins du prolétariat.
Depuis la révolution russe, la société a considérablement évolué, créant un cadre beaucoup plus favorable pour une transformation révolutionnaire. Aujourd'hui, l'immense majorité de la population est en mesure comme jamais de prendre effectivement le contrôle de l'économie afin de la mettre au service des besoins de tous.
Les bases matérielles pour qu'une véritable démocratie directe puisse servir de levier à une réorganisation de toute l'économie sont plus développées que jamais. Comme à l'époque de la Commune de Paris ou de la Révolution russe, ce qui s'oppose à cette démocratie, c'est la propriété privée d'une minorité qui impose son parasitisme social sur toute la société.
Le nouveau parti qui commence à émerger de l'accentuation de la crise du capitalisme naîtra d'un processus démocratique, c'est à dire des initiatives des masses elles-mêmes. Par là même, il sera pleinement intégré dans les mouvements de masses dont il est le produit pour aider à l'évolution des consciences jusqu'à la nécessité de la révolution.

Charles Meno
Par xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus